Rôle des médecins généralistes en santé au travail

Les médecins généralistes ont un rôle important à jouer en santé au travail aux côtés des médecins du travail puisque ce sont eux qui sont le plus souvent consultés  lorsque les personnes qui travaillent présentent des problèmes de santé. De nombreuses situations de travail peuvent altérer la santé de leurs patients et certaines pathologies ont un retentissement sur la capacité à travailler. Une étude, financée par l’Inpes,  a été menée en 2009 auprès des médecins généralistes à propos des questions de santé au travail.

Visite médicale de pré reprise
Déclarer  des maladies professionnelles et maladies à caractère professionnel
Pathologies liées au travail rencontrées par les médecins généralistes
Exemples de questions systématiques de repérage d’un lien entre maladie et conditions de travail
Repérage des cancers d’origine professionnelle, surveillance post-professionnelle
Principaux motifs pour lesquels les médecins du travail sont sollicités par les médecins généralistes ( par ordre décroissant)
Relations médecins traitants/médecins du travail, transmission des informations entre médecins
Comment les médecins généralistes perçoivent-ils leur information en santé au travail ?
Perception du rôle du médecin généraliste en santé au travail

Les résultats de l’étude de l’Inpes ont été publiés dans un ouvrage « Médecins du travail/médecins généralistes : regards croisés », aux éditions Inpes. Cette étude fait la synthèse des interventions possibles des médecins généralistes ou spécialistes en santé au travail : dans l’évocation du lien entre maladie et activité professionnelle, également pour accompagner les patients pour la déclaration de maladies professionnelles, les informer sur leurs droits, etc.

Visite médicale de pré reprise

Selon cette étude conduite par l’Inpes, en moyenne un médecin généraliste adresserait 7 patients par an au médecin du travail pour une visite médicale de pré reprise.

Pour mémoire, une visite médicale de pré reprise est une visite médicale qui se déroule durant un arrêt de travail qui permet d’envisager la reprise de travail, si des difficultés de reprise du travail sont prévisibles. Elle permet de faciliter la réinsertion professionnelle, d’anticiper la recherche de solutions, alors que le patient est encore en arrêt.

Seul le salarié lui-même, le médecin conseil ou le médecin généraliste peut demander cette visite. Un employeur ne peut pas imposer à un salarié en arrêt maladie de rencontrer le médecin du travail.

Cette visite est possible pour les salariés du régime général et du régime agricole.
Aucun avis d’aptitude n’est délivrée à l’occasion de cette visite médicale.
Il faut la demander précocement avant la fin de l’arrêt de travail afin qu’elle joue pleinement son rôle, dans l’intérêt du patient.
Mais dans l’enquête PACA en 2007, un tiers des médecins généralistes n’avaient jamais entendu parler de visite médicale de pré reprise . Dans cette étude réalisée en 2009, il y a peut-être un confusion entre visite de reprise et visite de pré reprise ?

Déclarer  des maladies professionnelles et maladies à caractère professionnel

 Maladie professionnelle

C’est la victime de la maladie, ou ses ayants droit,  qui doit déclarer la maladie professionnelle.

Mais le médecin traitant, qui a accès aux listes des tableaux de maladies professionnelles, peut inciter un patient à faire les démarches pour faire reconnaître la maladie au titre des maladies professionnelles.
Le médecin généraliste ou spécialiste doit établir le certificat médical initial, formulaire Cerfa S 6909a ou 11139*01 ( article L 461-5 du code de la Sécurité sociale) : il faut recopier textuellement l’intitulé du tableau, sinon, la demande de maladie est nécessairement rejetée par les caisses.
C’est notamment ce qui entraîne le rejet de la reconnaissance en maladies professionnelles de nombreuses surdités.

Le médecin indique  sur le certificat initial :

  • si un arrêt de travail est nécessaire,
  • la date prévisible de reprise du travail,
  • la durée du traitement,

conformément à l’article L441-6 et L 461-5 du code de Sécurité sociale.

Un juriste nous a apporté récemment de nombreuses précisions à propos de la demande de reconnaissance en maladies professionnelles.
Indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles : précisions apportées par un juriste.

Durant les 12 mois qui ont précédé l’enquête Inpes,  environ 80% des médecins généralistes interrogés déclarent avoir complété un certificat médical initial pour au moins un de leur patient, afin qu’il déclare une maladie professionnelle. Mais parmi ces médecins, 1 sur 5 s’est trouvé confronté à un patient qui refusait de réaliser sa déclaration de maladie professionnelle.
Cette déclaration de maladie professionnelle est un acte parfois difficile à réaliser pour les patients, les médecins.

Obstacles liés aux patients
Plus de 70% des médecins redoutent la répercussion de la déclaration de la maladie professionnelle sur la situation de travail,
la moitié des médecins généralistes interrogés pointent la complexité de la démarche administrative.

Le tiers des médecins soulignent également le fait que de nombreux patients ne font pas le lien entre leur maladie et le travail et ne voient donc pas l’intérêt de déclarer leur maladie au titre des maladies professionnelles.

Obstacles liés aux médecins

  • Les tableaux de maladies professionnelles sont jugés complexes par une grande majorité des médecins généralistes.
  • Repérer l’origine professionnelle de la maladie s’avère également difficile.
  • Nombreux sont les médecins qui méconnaissent les critères de déclaration d’une maladie professionnelle.
  • Les médecins méconnaissent également les procédures administratives.
  • Un quart des médecins généralistes consultent régulièrement les tableaux de maladies professionnelles.
  • 80% des médecins aimeraient disposer d’un questionnaire type d’aide au repérage des risques professionnels.

Pourquoi les accidents du travail et les maladies professionnelles sont-ils insuffisamment déclarés et reconnus en France ?

Ce n’est pas le médecin généraliste ou spécialiste qui décide de l’imputabilité de la maladie, mais le médecin conseil du régime général ou du régime agricole.
Si certains critères du tableau ne sont pas réunis, la demande sera transmise au CRRMP, Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles.

Maladie à caractère professionnel

Tout médecin qui a connaissance d’un symptôme d’imprégnation toxique ou d’une maladie à caractère professionnel, doit le déclarer, comme le prévoit l’article L 461-6 du code de la Sécurité sociale.

Pathologies liées au travail rencontrées par les médecins généralistes

Près de 8 médecins sur10 interrogent souvent leurs patients sur leurs conditions de travail.
10% de la patientèle de la moitié des médecins interrogés serait concerné par une pathologie dont la cause serait le travail ( que ce soit un facteur favorisant ou aggravant).

Les 4 principales pathologies liées au travail rencontrées par les médecins généralistes de 2005 à 2009 :

Exemples de questions systématiques de repérage d’un lien entre maladie et conditions de travail

  •  Quel type de travail faites-vous ?
  • Pensez-vous que vos problèmes de santé pourraient être liés à votre travail ?
  • Est-ce que vos symptômes sont différents au travail et à la maison ?
  • Etes-vous actuellement exposé à des produits chimiques, des poussières, des métaux, des rayonnements ionisants, du bruit ou des gestes répétés dans votre travail  ?
  • Avez-vous été exposé à des produits chimiques, des poussières de métaux, des rayonnements ionisants, du bruit ou des gestes répétés dans votre travail ?
  • Est-ce que des collègues de travail présentent les mêmes symptômes que vous ?

Si une réponse positive est obtenue à l’une de ces questions, un interrogatoire approfondi de l’histoire professionnelle devrait alors être réalisé. Celui-ci devrait porter sur les métiers et les fonctions exercées ainsi que sur les expositions aux divers types de facteurs de risques professionnels.

Repérage des cancers d’origine professionnelle, surveillance post-professionnelle

En 2000, l’InVS estimait en 2004 que 4 à 8% des cancers en France étaient d’origine professionnelle, ce qui représente 11 000 à 23 000 nouveaux cas par an sur les 280 000 nouveaux cas de cancers diagnostiqués chaque année.

En 2009, 1 830 cancers professionnels ont été reconnus et indemnisés comme maladie professionnelle : plus de 80% étaient liés à une exposition à l’amiante.
Il y a peu de demande de reconnaissance de maladies professionnelles pour les cancers d’origine professionnelle. De nombreux patients ignorent malheureusement qu’ils ont été en contact avec des produits cancérogènes.

Expositions professionnelles à rechercher en présence d’un cancer;

Produits cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction en fonction du secteur d’activité professionnelle.

Il est souhaitable que les médecins traitants entrent en contact avec les médecins du travail lorsqu’ils ont un doute sur l’origine d’un cancer. Le médecin du travail connaît les expositions professionnelles.

IL est également possible de prendre un avis dans une consultation de pathologie professionnelle ou une consultation dans un centre qui traite les cancers : depuis 2009, par exemple, le Centre Léon Bérard de Lyon, propose une consultation spécifique “Cancers professionnels”. :

Consultations “Cancers professionnels” : Prendre rendez-vous au 04 26 55 67 16

Les  médecins du travail regrettent de ne pas avoir accès au DMP, Dossier médical personnel, puisqu’ ils auraient pu renseigner les expositions professionnelles, dans l’intérêt du patient et de la reconnaissance des maladies et cancers d’origine professionnelle.

Le travail se trouve exclu du champ de la santé puisque les médecins du travail n’ont pas accès au DMP.

Les salariés qui ont été exposés à certains facteurs de risque durant leur vie professionnelle et qui ne travaillent plus (retraités, demandeurs d’emploi) peuvent bénéficier d’une surveillance médicale post-professionnelle. Lorsque ces salariés sont encore en activité, la surveillance médicale est mise en œuvre par le médecin du travail.

Les médecins généralistes ou spécialistes ont un rôle important à jouer pour informer leurs patients de cette possibilité de surveillance médicale post-professionnelle., prise en charge par les organismes de Sécurité sociale.

La surveillance est accordée sur présentation d’une attestation d’exposition aux risques professionnels, complétée par l’employeur et le médecin du travail. La surveillance post-professionnelle est réalisée par le médecin choisi par le patient après accord de la caisse de Sécurité sociale dont il dépend.
Au cours de cette étude conduite par l’InVS, 30% des généralistes déclarent avoir vu, entre 2004 et 2009,  des patients qui leur ont signalé avoir reçu une attestation d’exposition à des produits cancérogènes et mutagènes.

Principaux motifs pour lesquels les médecins du travail sont sollicités par les médecins généralistes ( par ordre décroissant)

En cas d’arrêts de travail récurrents, plus de 70% des généralistes suggèrent à leur patient de prendre contact avec le médecin du travail.

Relations médecins traitants/médecins du travail, transmission des informations entre médecins

  •  62% des médecins généralistes ont le sentiment de plutôt bien comprendre le métier des médecins du travail, mais 65 % des médecins du travail pensent que ce n’est pas le cas.
  • 70% des médecins du travail et 82% des médecins généralistes estiment que les généralistes coopèrent volontiers avec les médecins du travail.

Dans l’intérêt du patient, un médecin généraliste a parfois besoin de connaître le poste du travail et les conditions de travail pour un salarié. De même un médecin du travail a besoin d’avoir des informations complémentaires sur une pathologie présentée par un salarié afin de délivrer un avis d’aptitude à un poste de travail, d’envisager d’éventuelles restrictions ( par exemple pour donner une aptitude à un cariste diabétique).

Le secret professionnel instauré dans l’intérêt du patient s’impose à tout médecin. Par principe, les professionnels de santé ne peuvent échanger des informations entre eux qu’avec l’accord du patient. Ils peuvent toutefois « sauf opposition de la personne dûment avertie, échanger des informations relatives à une même personne prise en charge afin d’assurer la continuité des soins ou de déterminer la meilleure prise en charge sanitaire possible » selon l’article R4127-4 du code de la santé publique.

Le dossier médical en santé au travail établi par le médecin du travail ( article D4624-46 du code du travail) peut être transmis ou médecin inspecteur du travail, ou bien à la demande du salarié à  tout médecin de son choix.

Par contre le DMP, Dossier médical personnel qui centralise les informations de santé propres à chaque patient ne peut jamais être transmis au médecin du travail, même si le patient donne son accord ( article L 110-4 du code de la santé publique).

Le plus simple consiste à faire transiter les informations entre le médecin du travail et le médecin traitant par le salarié lui-même : puisque cela sous-entend que le salarié est d’accord, puisque c’est lui-même qui remet un courrier au médecin du travail ou au médecin traitant de la part de l’autre médecin.

Comment les médecins généralistes perçoivent-ils leur information en santé au travail ?

Au cours des 6 années de formation initiale en médecine, seules 9 heures en moyenne sont consacrées à la santé au travail.

Dans le cadre de leur formation initiale,
20% des médecins généralistes déclarent avoir suivi une formation ou un diplôme universitaire (DU) en santé au travail,
tandis que dans le cadre de la formation continue,
24% des médecins généralistes déclarent s’être formés en santé au travail.

Au total formation initiale ou formation continue, ce sont 36% des médecins généralistes qui déclare avoir suivi une formation en santé au travail, néanmoins plus de 61% des médecins se déclarent plutôt mal informés sur les maladies professionnelles et les problèmes de santé au travail. Les médecins qui ont suivi une formation se sentent tout de même mieux informés.
Mais répondre aux patients à des questions de santé au travail demeure difficile.
Plus les médecins déclarent voir des pathologies en relation avec le travail,plus ils ont le sentiment de pouvoir répondre facilement aux questions de santé au travail posées par leurs patients.
Les médecins se documentent en santé au travail : pour 90% des médecins interrogés grâce aux revues médicales, mais également la télévision, la radiologie, la presse grand public, et pour 50% des médecins interrogés par internet.

Perception du rôle du médecin généraliste en santé au travail

Concernant l’implication des médecins généralistes dans la prise en charge des problèmes de santé liés au travail, les médecins du travail comme les généralistes s’accordent à près de 90% sur le fait que le rôle des généralistes se situe en priorité sur le dépistage des patients à risque de maladie chronique, le repérage des usagers en situation de risque avec l’alcool, le repérage et l’accompagnement des patients en souffrance psychique, les conseils d’éducation pour la santé, le repérage des consommateurs de cannabis et autres drogues.
Concernant le rôle des médecins généralistes dans l’aide à la déclaration d’une maladie professionnelle, 86% des médecins généralistes et 89% des médecins du travail sont d’accord.
Par contre 69% des généralistes contre 84% des médecins du travail pensent que c’est le rôle du généraliste de remplir le certificat médical initial lors de la déclaration de maladie professionnelle
Concernant les conseils de prévention professionnelle, 65% des généralistes sont favorables pour s’y investir alors que 72% des médecins du travail estiment que donner des conseils de prévention professionnelle ne relève pas des médecins généralistes.
Plus de la moitié des médecins généralistes et des médecins du travail sont d’accord pour dire que le généraliste a un rôle à jouer pour aider à la réinsertion professionnelle des patients.

 

La santé au travail est un enjeu de santé publique majeur, la formation initiale en santé au travail devrait sans doute être renforcée pour tous les médecins. Quelques outils en santé au travail sont disponibles pour les médecins généralistes et les médecins spécialistes. Sur internet, AtouSante, portail internet de santé au travail,  diffuse largement de l’information  aux médecins : maladie professionnelle, surveillance post-professionnelle, questions-réponses, forum, etc à la fois pour les salariés du régime général, du régime agricole, des trois fonctions publiques, les travailleurs indépendants, etc
Tous ces dispositifs en santé au travail qui diffèrent suivant le régime auquel appartient le patient  contribuent à complexifier les démarches pour les médecins traitants. Dans tous les cas, dans l’intérêt du patient, les relations entre médecins du travail et médecins traitants doivent se développer.


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