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Radioprotection des travailleurs : bilan des expositions professionnelles pour l’année 2009

En France 320 000 travailleurs sont susceptibles d’être exposés à des sources artificielles de rayonnements ionisants dans les domaines de l’industrie, la médecine, la recherche, la défense, d’autres sont exposés à des sources naturelles de rayonnements ( industrie NORM).

Surveillance des salariés exposés aux radiations
Expositions des travailleurs à des sources artificielles de rayonnements ionisants
Expositions des travailleurs à la radioactivité naturelle

Surveillance des salariés exposés aux radiations

L’IRSN été créé par la loi n° 2001-398 du 9 mai 2001
Ses missions sont définies par le décret n° 2002-254 du 22 février 2002
Les salariés des professions exposées aux radiations bénéficient d’un suivi médical

C’est sur la surveillance dosimétrique individuelle que repose principalement le dispositif de radioprotection des travailleurs exposés aux rayonnements ionisants.
La dosimétrie individuelle peut être externe ou interne, elle doit être adaptée au poste de travail.

  • La dosimétrie externe estime les doses reçues par une personne exposée dans un champ de rayonnement.
  • Tandis que la dosimétrie interne évalue la dose reçue à la suite d’une incorporation de substances radioactives, au moyen d’examens anthroporadiamétriques ( mesure directe de la contamination interne corporelle) et des analyses radiotoxicologiques ( dosages réalisés sur des excrétas).

Chaque année l’IRSN publie un rapport

Expositions des travailleurs à des sources artificielles de rayonnements ionisants

Il s’agit des travailleurs exposés dans les secteurs d’activités civiles soumises à un régime d’autorisation ou de déclaration ( industrie nucléaire, industrie non nucléaire, applications médicales et vétérinaires, rcherche) et des secteurs d’activités de défense.

Le bilan des expositions professionnelles est établi à partir des doses externes individuelles annuelles transmises par les laboratoires de surveillance dosimétrique.

Classes de doses retenues pour le bilan : choix de valeurs représentatives

Le seuil d’enregistrement des doses : c’est le niveau de dose au-dessus duquel les valeurs de doses reçues par un travailleur sont enregistrées dans son dossier idividuel.
1mSv/an : limite de dose efficace pour les personnes du public
6 mSv/an seuil bas de la catégorie A des travailleurs exposés
20 mSv/an : limite sur 12 mois consécutifs de la somme des doses efficaces reçues par exposition interne ou externe applicable aux travailleurs exposés.
50 mSv/an : ancienne valeur réglementaire annuelle pour les travailleurs exposés.

A noter que les conditions de port de dosimètre ne sont pas toujours correctes. Les doses réellement reçues peuvent être surestimées lorsque le dosimètre est porté sur le tablier de plomb ou sur le tube émetteur de rayons X. Au contraire les doses peuvent être sous-estimées ou non enregistrées quand les dosimètres ne sont pas portés en systématique par les travailleurs.
Bilan des doses externes passives en 2009 en fonction du secteur d’activité

Le nombre de travailleurs surveillés par dosimétrie externe passive est de 319 091 en 2009, en augmentation de 4,1% par rapport à 2008.

La dose individuelle moyenne est de 0,21 mSv, elle était de 0,19 mSv en 2008, donc en très légère augmentation.

Plus de 95% des travailleurs surveillés ont une dose annuelle inférieure à la limite réglementaire d’exposition du public, soit 1 mSv/an, parmi lesquels :

  • 81% n’ont reçu aucune dose durant l’année 2009,
  • 4% des travailleurs surveillés ont une dose annuelle comprise entre 1 et 6 mSv,
  • 0,6 % une dose annuelle comprise entre 6 et 20 mSv,
  • 14 travailleurs ont enregistré une dose supérieure à 20 mSv.

Secteurs d’activité professionnelle concernés

  • Utilisations médicales et vétérinaires
    Effectif surveillé : 198 674 ( dont 116 000 travailleurs en radiologie médicale)
    Dose individuelle moyenne ( dose collective/effectif surveillé) : 0,10 mS
  • Transport de matières radioactives
    Effectif surveillé : 648
    Dose individuelle moyenne : 0,22
  • Usages industriels ( ce sont les activités industrielles hors nucléaire qui utilisent les rayonnements ionisants : contrôles par gammagraphie, étalonnage, irradiation industrielle, fabrication de produits radiopharmaceutiques et autres activités utilisant des sources radioactives)
    Effectif surveillé : 33 821
    Dose individuelle moyenne : 0,54
  • Nucléaire :
    Effectif surveillé : 62 762
    Dose individuelle moyenne 0,41
  • Autres ( recherche au sein de l’INSERM, l’INRA, le CNRS, organismes d’inspection, de contrôle, etc) Effectif surveillé : 10 967
    Dose individuelle moyenne : 0,08

60% des effectifs surveillés sont employés dans le domaine médical ou vétérnaire, mais ce domaine ne représente que 30% de la dose collective totale.
L’industrie non nucléaire représente 11% de l’effectif total et 28% de la dose collective totale.
L’industrie nucléaire représente 20% de l’effectif total et contribue à près de 40% de la dose collective totale.

C’est dans le domaine des activités médicales et vétérinaires que les doses individuelles moyennes sont les plus faibles, alors que les travailleurs de l’industrie non nucléaire ont les doses les plus élevées.

Bilan des expositions internes en 2009

Ce sont les travailleurs des installations nucléaires des domaines civil et militaire qui sont concernés, ansi que les services de médecine nucléaire et les laboratoires de recherche qui utilisent des traceurs radioactifs ( recherche médicale, radiopharmaceutique et biologique).

La surveillance de l’exposition interne des travaillleurs consiste :

  • soit en des analyses radiotoxicologiques :
    dosage de l’activité des radionuclides présents dans des échantillons d’urines, fécès, prélèvements nasaux par mouchage,
  • soit en des examens anthroporadiamétriques
    qui permettent une mesure in vivo directe de l’activité des radionuclides présents dans l’organisme.

Le nombre de travailleurs suivis dans le cadre de l’exposition interne ne peut pas être défini précisément.

On dispose de données liées à la surveillance de routine, celles concernant les mesures réalisées à la suite d’un incident ou d’une suspicion de contamination dans le cadre de surveillance spéciale ou de contrôle et celles relatives aux estimations dosimétriques réalisées pour des travailleurs en 2009.

Surveillance de routine : nombre d’examens réalisés
197 000 examens anthroporadiamétriques,
56 000 analyses radiotoxicologiques des prélèvements nasaux
et 49 000 analyses radiotoxicologiques des urines.

14 000 travailleurs suivis pour des analyses urinaires, 2 600 pour des analyses de prélèvements nasaux, 7 000 analyses radiotoxicologiques fécales

Entre 2006 et 2009, le nombre d’examens réalisés dans le cadre de la surveillance de routine a augmenté de 6,5%.

Surveillance spéciale ou surveillance de contrôle
1 498 travailleurs ont été suivis dans ce cadre en 2009.
Réalisation de 10 000 examens en 2009, dont 5 500 examens anthroporadiamétriques dans les centrales nucléaires EDF.
Soit 9,4 % d’examens de plus par rapport à 2 008.

Estimations dosimétriques

En 2009, sur 184 travailleurs pour lesquels un calcul de dose a été réalisée ( soit à la suite d’un examen positif dans le cadre de la surveillance de routine, soit à la suite d’un incident) 18 cas de contaminations interne ont été rapportés. La dose individuelle la plus élevée est estimée à 69 mSv.

Dans les grandes entreprises du secteur nucléaire, le suivi des salariés est surtout assurés par les examens anthroporadiamétriques, alors que pour les personnels du secteur médical et de la recherche, ce sont surtout des analyses radiotoxicologiques urinaires car pour réaliser un contrôle anthroporadiamétrique, les travailleurs doivent se déplacer dans les laboratoires de l’IRSN en région parisienne.

Laboratoire mobile de l’IRSN

L’IRSN s’est doté depuis 2008 d’un Laboratoire mobile d’anthroporadiamétrie, LMA, installé dans un camion, chargé mission d’intervention d’urgence, mais également a vocation à se déplacer dans tout le pays pour réaliser des mesures enthroporadiamétriques des personnes potentiellement exposées aux rayonnements X/gamma.

Le personnel médical des services de médecine nucléaire utilise surtout des radionuclides gamma et en moindre proportion des radionuclides émetteurs beta.

Les personnels des laboratoires pharmaceutiques et de recherche médicale manipulent principalement des radionuclides émetteurs beta et gamma.

Dépassement des limites annuelles réglementaires des doses en 2009

Dans 15 cas au cours de l’année 2009, il y a eu un dépassement de la limite réglementaire de la dose efficace, due à une dose externe supérieure à 20 mSv dans 14 cas, et due à une exposition interne dans 1 cas ( suite à un incident de contamination).

Ces personnes se répartissent dans différents secteurs d’activité : 8 travailleurs exercent dans le domaine médical, 5 dans le domaine industriel non nucléaire et 2 au sein d’entreprises sous-traitantes intervenant dans le domaine nucléaire.

Le nombre de travailleurs surveillés qui ont reçu une dose externe annuelle supérieure à 20 mSv était de 905 en 1996, il est de 14 en 2009.

Les domaines qui présentent régulièrement des doses supérieures à 20 mSv par an sont le domaine médical et vétérinaire, celui de l’industrie nucléaire et celui des entreprises sous-traitantes des exploitants nucléaires : calorifugeurs, tourneurs, mécaniciens, soudeurs, etc

Le nombre de travailleurs surveillés qui ont reçu une dose externe annuelle supérieure à 50 mSv était de 63 en 1996, il est de 2 en 2009.

En 2009, des dépassements de la limite de dose équivalente aux extrémités ont été observés chez 3 personnes qui exercent en radiologie interventionnelle dans le domaine médical.

1 travailleur exerçant dans le domaine industriel avec des rayonnements peu pénétrants eu un dépassement de la limite réglementaire de la dose équivalente à la peau.

Expositions des travailleurs à la radioactivité naturelle

Certaines personnes sont exposées dans le cadre de leur travail à des matières premières (qui mettent en oeuvre des radionuclides) ou au radon

Industries NORM
Des activités professionnelles mettent en oeuvre des matières premières qui contiennent naturellement des radionuclides non utilisés en raison de leurs propriétés radioactives. La manipulation de ces matières premières qualifiée de NORM ( Naturally occuring radioactive material ) ou TENORM intervient par exemple dans certaines activités industrielles telle que la production de céramiques réfractaires, la combustion de charbon en centrales thermiques, le traitement de minerai d’étain, d’aluminium, etc

Au plan réglementaire ces « expositions naturelles renforcées » sont prises en compte par le décret 2003-296 du 25 mai 2005.

L’IRSN centralise les résultats de doses reçues par les travailleurs dans le cadre de cet arrêté : fin 2009, 86 dossiers ont été reçus.

  • 47% des dossiers concernent la production de céramiques réfractaires et activité de verrerie, fonderie, sidérurgie, et métallurgie,
  • 8 % concernent le traitement des minerais d’étain, d’aluminium, de cuivre, de titane, de noibium, de bismuth, de thorium,
  • 4 % concernent la production ou utilisation de composés contenant du thorium,
  • 13 % concernent la production de zircon et de baddeleyte, activités de fonderie et de métallurgie,
  • 6% concernent la production d’engrais phosphatés et fabrication d’acide phosphorique,
  • 0 % concerne le traitement du dioxyde de titane,
  • 2% concernent le traitements de terres rares et production de pigments en contenant,
  • 2% concernent le traitement d’eau souterraine par filtration,
  • 1% concerne les établissements thermaux

Environ 15% des doses efficaces individuelles calculées pour les travailleurs sont supérieures à la limite de 1 mSv/an. Au delà de cette dose, les travailleurs sont considérés comme professionnellement exposés au sens du code du travail et doivent faire l’objet d’une surveillance individuelle dosimétrique.

Dans les activités suivantes, les doses sont de l’ordre de 2 à 3 mSv/an : production de zircon et de baddeleyite, fonderie, métallurgie, traitement des minerais d’étain, de cuivre, de titane, de niobium, de bismuth et de thorium.

Radon
Des mesures de radon doivent être mises en oeuvre dans les établissements où les travailleurs sont susceptibles d’être exposés à ce gaz radioactif naturel en raison de la situation de leur lieu de travail, notamment dans les lieux souterrains, comme le prévoit le code du travail, à l’article R. 4451-136

Les activités professionnelles concernées par ces dispositions sont listées par l’arrêté du 7 août 2008

L’IRSN a publié plusieurs guides à propos de la mesure du radon

  • Mesure du radon dans les bâtiments souterrains.
  • Mesure du radon dans les cavités et ouvrages souterrains.
  • Mesure de l’activité volumique du radon dans les établissements thermaux.

Exposition aux rayons cosmiques

Tout voyage en avion expose à une irradiation cosmique.

Les compagnies aériennes doivent évaluer l‘exposition de leur personnel navigant aux rayonnements cosmiques si l’exposition est susceptible de dépasser 1 mSv/an, comme l’exige l’arrêté du 8 décembre 2003

23 300 personnels navigants ont bénéficié d’un suivi de leur exposition aux rayonnements cosmiques au cours de l’année 2009. 15% des doses individuelles annuelles sont inférieures à 1mSv, mais 85% des doses sont comprises entre 1 et 6 mSv. La dose individuelle moyenne est de 2,2 mSv, la même valeur a été obtenue en 2008

L’exposition des salariés au cours de leur activité professionnelle est relativement stable par rapport aux dernières années, par contre il existe une augmentation de l’exposition des patients à l’irradiation d’origine médicale.

Tableaux des maladies professionnelles associés :

  Tableau n°06 RG : Affections provoquées par les rayonnements ionisants (7,6 KiB, 10 708 hits)

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