Le burn-out est-il une maladie professionnelle ?

burn out

Le burn-out est une entité complexe : il correspond à un état de détresse psychologique lié à l’impossibilité à faire face à un facteur professionnel stressant chronique. L’Académie nationale de médecine a publié un rapport début 2016 dans lequel elle prend position sur la reconnaissance de cette pathologie en maladie professionnelle.

Historique du burn-out
La notion de burn-out aujourd’hui 
Le burn-out en chiffres 
Symptomatologie du burn-out 
Questionnaires qui explorent le burn-out
Causes du burn-out
Burn-out : position de l’Académie nationale de médecine
Reconnaissance du burn-out au titre des maladies professionnelles : décret du 7 juin 2016 

Historique du burn-out

C’est en 1959 que le psychiatre français Claude Veil a introduit le concept d’épuisement professionnel : selon lui tout se passe comme à la banque, chacun a un capital, donc une marge d’adaptation, c’est à dire que tant qu’il y a de l’argent sur le compte, les dépenses sont honorées, mais à découvert, toute dépense devient impossible, s’il continue, la faillite survient.

C’est en 1971 que le terme de burn-out professionnel est utilisé pour la première fois par un psychanalyste allemand, Herbert Freudenberg.
Il décrit la perte d’enthousiasme de jeunes bénévoles qui aident des usagers de drogues dures. Il définit le Burn Out Syndrome, BOS, comme un état d’épuisement émotionnel. Il se rend compte que ” les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. ”

Depuis les années 1970, le travail est physiquement moins pénible, la machine a souvent remplacé l’homme, les nouvelles technologies ont bien simplifié de nombreuses tâches mais peu à peu une pénibilité psychologique a vu le jour.

Au début des années 1980, la psychologue américaine, Christina Maslach a analysé l’épuisement qui survient en milieu professionnel, elle le définit comme un état psychologique et physiologique, qui résulte de l’accumulation de facteurs de stress professionnels. Le Burn-out est une réponse à des facteurs stressants qui s’inscrivent dans la durée. Il résulte de stress quotidiens qui usent l’individu.

En 1993, le BIT , Bureau International du Travail attirait déjà l’attention sur le stress professionnel et ses conséquences sur la santé des travailleurs, estimant que c’était le plus grave problème de santé de notre temps.

Stress, harcèlement moral, burn-out sont de plus en plus souvent invoqués comme facteurs de risques pour la santé, générateurs de détresses psychologiques, voire de pathologie mentale. Les risques psychosociaux, RPS, naissent à l’interface de l’individu ( le psychologique) et de l’environnement de travail ( le social).

La notion de burn-out aujourd’hui

Cette notion de burn-out est aujourd’hui source de confusion parce qu’elle correspond à une réalité imprécise.
Le burn-out ne figure pas dans les classifications internationales :

  • DSMV- ( 5ème édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux)
  • ou CIM-10 ( 10ème version de la classification internationale des maladies),
  • et les prochaines versions de ces classifications ne prévoient pas non plus de les reconnaître.

Quant au Réseau national de vigilance et de prévention des risques professionnels, RNV3P, il propose de placer le burn-out dans la rubrique « surmenage ».

Le concept de ” souffrance au travail ” recouvre l’ensemble des impacts négatifs des environnements de travail sur l’individu. Ce terme est surtout utilisé en France et n’a pas vraiment de traduction dans les publications anglo-saxonnes.

En santé mentale, l’OMS établit 3 niveaux différents :

  • le bien-être psychologique
  • la détresse psychologiques
  • les troubles mentaux.

Ce rapport de l’Académie nationale de médecine mentionne que toute fatigue n’est pas pathologique, qu’une détresse psychologique peut être imputable à des évènements de vie négatifs.
L’Académie nationale de médecine donne cette définition du burn-out :

” état d’épuisement psychologique ( émotionnel) mais aussi cognitif (avec une perte de motivations et des difficultés de concentration) et physique (” coup de pompe”) qui se présentent sous forme de symptômes traduisant une réaction de détresse à une situation de stress en milieu professionnel). Ceci explique la fréquence de manifestations affectant le système cardio-vasculaire,( risque coronarien), la fonction sommeil , l’appareil musculo-squelettique, ( douleurs chroniques), la sphère affective ( humeur dépressive, mauvaise estime de soi, anhédonie), les relations interpersonnelles ( détachement, indifférence, irritabilité).”

Le burn-out en chiffres

La définition du burn-out étant assez imprécise, on dispose de très peu de données épidémiologiques.
En 2014, Technologia ( ” Le syndrome d’épuisement, une maladie professionnelle”) avançait le chiffre de 3 millions de sujet concernés par le burn-out en France.
L’INVS estime à 7% la part de burn-out parmi les 480 000 salariés en souffrance psychologique liée au travail ( soit environ 30 000 personnes) ( La souffrance psychologique en lien avec le travail chez les salariés actifs en France entre 2007 et 2012, à partir du programme MCP. BEH 2015
En Belgique il y aurait 19 000 personnes touchées par le Burn-out ( Direction générale humanisation du travail ” Recherche sur le burn-out au sein de la population active belge“),

Symptomatologie du burn-out

La symptomatologie du burn-out regroupe plusieurs dimensions :

  • épuisement émotionnel,
  • dépersonnalisation,
  • réduction de l’accomplissement personnel.

Le burn-out peut s’apparenter à un trouble de l’adaptation, ou à un état de stress post-traumatique, ou à un état dépressif.
Les travaux de Christine Maslach ont servi de référence pour définir les 3 dimensions du burn-out : épuisement émotionnel, dépersonnalisation, réduction du sentiment d’accomplissement de soi. Le surinvestissement au travail et l’addiction au travail ( workaholisme) sont également parfois citées pour caractériser le burn-out.
Selon certains auteurs, le burn-out pourrait se définir par la seule dimension d’épuisement émotionnel.

Questionnaires qui explorent le burn-out

Echelle de Maslach

L’échelle de mesure développée par Christine Maslach, ne peut pas être considérée comme un outil diagnostic. Cette échelle répartit chacune des 3 dimensions ( épuisement émotionnel, dépersonnalisation, réduction du sentiment d’accomplissement de soi) en niveau faible, intermédiaire ou élevé.
Le MBI, Maslach Burnout Inventory est un outil qui permet d’évaluer la sévérité du burn-out. Par contre il ne faut pas additionner les scores des diverses dimensions pour évaluer globalement le burn-out. Il n’y a pas une valeur au-delà de laquelle on peut considérer que l’intéressé est en burn-out ( il n’y a pas de cut-off). Cet outil permet de distinguer pour chaque dimension si c’est faible, moyen ou élevé.

Divers modèles du MBI sont disponibles :

  • une version pour les professionnels de santé :
    MBI-HSS (Maslach Burnout Inventory – Human Service Survey)
  • une version pour les enseignants :
    MBI-ES (Maslach Burnout Inventory – Educators survey)
  • une version pour toute population :
    MBI-GS (Maslach Burnout Inventory – General Survey)

Autres questionnaires

Les questionnaires suivant explorent d’autres dimensions du burn-out mais aucun d’entre eux n’est un outil diagnostique :

Causes du burn-out

Le burn-out résulterait à la fois de facteurs personnels ( pour 40%) et de facteurs organisationnels ( pour 60%), donc à la fois des facteurs liés à l’individu et des facteurs liés à l’environnement.
Les facteurs de risques psycho-sociaux :

  • exigences du travail,
  • exigences émotionnelles,
  • manque d’autonomie et de marges de manoeuvre,
  • manque de soutien social et de reconnaissance au travail,
  • les conflits de valeur,
  • l’insécurité de l’emploi et du travail.

Le burn-out résulterait donc de l’exposition à plusieurs facteurs de risques psycho-sociaux créant ainsi une situation de déséquilibre pour l’individu.

Ce rapport mentionne les modèles classiques de stress au travail qui semblent pertinents pour expliquer l’apparition du Burn-out :

Des auteurs évoquent la notion de ” Contrat psychologique ” entre employé et employeur, qui, s’il n’est pas respecté serait à l’origine du burn-out.
Sécurité de l’emploi et opportunités de carrière seraient protecteurs.

Les facteurs liés à la personnalité de l’individu :
Certains traits de personnalité sont mentionnés par des auteurs : présence d’un neuriticisme (névrotisme) élevé, difficultés à gérer le stress, tendance au perfectionnisme, tendance à l’hyperactivité et à l’addiction au travail (Workaholisme)

 

Burn-out : position de l’Académie nationale de médecine

Le rapport de l’Académie nationale de médecine a été rédigée par un groupe de spécialistes. Il devait classer au sein de la souffrance ce qui relève du normal et du pathologique, ce qui est acceptable et ce qui ne peut pas être accepté par la collectivité et doit donc être indemnisé.
Ce groupe de travail reconnaît la faible implication du Ministère de la santé, de l’Inserm.
C’est le Ministère du travail, par l’intermédiaire de la Direction générale du travail DGT qui a pris en charge cette problématique de l’épuisement professionnel.
Les stratégies de prévention du burn-out rejoignent les stratégies de prévention des risques psychosociaux.
La prise en charge d’une personne atteinte de burn-out : éloignement du travail ( malgré le risque de difficultés au retour), traitement antidépresseur et psychothérapie de reconstruction émotionnelle et de l’estime de soi.
A ce jour il n’existe pas de tableau de maladie professionnelle pour une maladie mentale. Les dépressions d’épuisement peuvent être reconnues comme maladie professionnelles ” Hors tableau “.
Le rapport précise qu’il faut davantage faire connaître aux patients et aux médecins ce mode de reconnaissance des maladies professionnelles « Hors tableau »
La France a été pionnière pour décrire une véritable psychopathologie du travail. Le modèle anglais du “ Stepped care ” semble aujourd’hui intéressant. Il définit 3 niveaux de sévérité et pour chacun d’entre eux on indique la nature du soin à dispenser et les professionnels auxquels il faut recourir.
Ce rapport rappelle également le rôle clé du médecin du travail, conseiller de l’entreprise et également expert pour alerter sur les risques qui ont un impact durable sur la santé. Il est consulté dans le cadre des instructions pour la reconnaissance des maladies professionnelles ou à caractère professionnel ( c’est à dire pour lesquelles il n’existe pas de tableau).
Une véritable démarche de prévention des maladies mentales doit être mise en place dans l’entreprise ( associer la lignée managériale et l’équipe pluridisciplinaire de santé au travail).

Reconnaissance du burn-out au titre des maladies professionnelles : décret du 7 juin 2016

Les état de Burn-out ne concernent pas exclusivement le monde du travail, puisqu’il a été également décrit chez des femmes au foyer.
Néanmoins dans certains cas, le burn-out est directement causé par la travail et doit donc pouvoir être reconnu au titre des maladies professionnelles.

Il n’existe pas de tableau de maladie professionnelle pour le burn-out, néanmoins il existe un dispositif pour faire reconnaître une maladie au titre des maladies professionnelles même s’il n’existe pas de tableau spécifique, on parle alors de “maladie hors tableau”. Il est bien possible de recourir à ce dispositif comme le rappelle l’Académie nationale de médecine pour faire reconnaître le burn-out au titre de maladie professionnelle.
Le décret n°2016-756 du 7 juin 2016 améliore la reconnaissance du caractère professionnel des pathologies psychiques par les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Il renforce l’expertise médicale des comités en leur adjoignant si  besoin la compétence d’un professeur des universités-praticien hospitalier spécialisé en psychiatrie lorsque sont étudiés des cas d’affections psychiques. Par ailleurs, afin de recentrer et de renforcer l’action des comités sur les cas les plus complexes – parmi lesquels les dossiers de pathologies psychiques -, le texte prévoit la possibilité d’un examen des dossiers les plus simples par 2 médecins au lieu de 3. Ce décret procède également à diverses modifications de la procédure d’instruction applicable qui faciliteront la reconnaissance de l’ensemble des maladies professionnelles, notamment celle des affections psychiques.
Si une maladie, que l’on pense être en lien direct avec le travail, entraîne une IPP, Incapacité permanente partielle, prévisible d’au moins 25%, on peut demander à faire reconnaître cette maladie au titre des maladies professionnelles même s’il n’existe pas de tableau.
Pour savoir si ce taux de 25% est atteint on peut s’aider des outils utilisés par les médecins conseils, par exemple l’échelle d’évaluation globale du fonctionnement d’un individu.
Si ce taux est atteint la CPAM transmet le dossier au CRRMP qui donnera alors un avis qui s’impose à la caisse. La victime ou l’employeur de la victime peut contester cet avis, un autre CRRMP sera alors sollicité.

 

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