Les indicateurs en santé au travail

Le simple fait de travailler est un indicateur important de santé à condition d’avoir un travail adapté à ses capacités et à ses connaissances dans un environnement sain et sécurisé. De nombreux indicateurs existent, il faut les choisir en fonction de ce que l’on recherche, en effet, nous ne disposons pas d’un indicateur global qui permette de répondre à toutes les questions.

Indicateurs classiques
Sources disponibles d’indicateurs en santé au travail au niveau national
Les examens biométrologiques sont des indicateurs d’exposition
Construction d’indicateurs consensuels entre médecins, IPRP, intervenants en santé travail
Les indicateurs pour les risques psychosociaux
Construction d’indicateurs de prévention tertiaire
Indicateurs sur la prévention des risques au sein de l’entreprise

«Les indicateurs en santé au travail» thème central du 15ème congrès international du comité scientifique «Evaluation et recherche en santé au travail» de la CIST et des 46èmes journées de santé au travail du CISME, qui se sont déroulés à Paris du 22 au 24 octobre 2008.

Cet article recense les principaux indicateurs présentés à l’occasion des diverses communications.
A côté des indicateurs classiques, de nombreuses sources d’indicateurs de santé au travail sont disponibles

 

 

Indicateurs classiques

Indicateurs qui peuvent être suivis chaque année au sein d’une même entreprise

  • Turn-over dans l’entreprise :
    le turn-over au sein d’une entreprise est générateur de souffrance au travail.
    L’employeur peut donner l’alerte à propos de ces chiffres, il s’approprie ainsi l’évaluation des risques,
  • Absentéisme dans l’entreprise :
    c’est un excellent indicateur de santé au travail

Accidents du travail, maladies professionnelles
Au sein d’une même entreprise il est possible de suivre l’évolution du nombre d‘accidents du travail et de maladies professionnelles au fil des années.

Des statistiques sont également disponibles auprès de la Cnamts, Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés».

Sources disponibles d’indicateurs en santé au travail au niveau national

Rapports annuels des médecins du travail
Ils pourraient fournir des indicateurs en santé au travail à propos des risques professionnels, des inaptitudes et des maladies professionnelles.

Néanmoins les données de ces rapports des médecins du travail n’ont jamais atteint le statut d’indicateurs car elles sont hétérogènes, peu cohérentes entre elles et mal contrôlées.

Enquête SUMER : source potentielle d’indicateurs nationaux
Cette enquête a été renouvelée en 1994, 2003 et le sera de nouveau en 2009 avec une extension à la fonction publique.
Elle repose sur un questionnaire fermé qui permet de repérer les expositions des salariés en fonction de leur secteur d’activité, leur profession, leur âge, leur sexe.

Les résultats de l’enquête SUMER sont utilisés comme indicateurs nationaux dans la loi de santé publique d’août 2004 et dans le plan santé travail.

Diverses expositions repérées :

  • aux contraintes organisationnelles ;
  • aux nuisances physiques ;
  • aux produits chimiques ;
  • aux agents biologiques.

Ces indicateurs sont fins ou globaux et permettent de se repérer :

  • au niveau national ;
  • au niveau du secteur d’activité ;
  • au niveau professionnel.

Résultats de l’enquête SUMER 2003

Des fiches de résultats par nuisance, par secteur d’activité et par famille professionnelle sont des indicateurs mis à la disposition de tous :
Fiches par nuisance établies à partir de l’enquête SUMER

Statistiques de mortalité, morbidité de l’invs, Institut de veille sanitaire

Mortalité, morbidité

  • Le taux de mortalité correspond au rapport entre le nombre de décès au cours d’une année et l’effectif de la population, il mesure donc la fréquence avec laquelle se produisent les décès.
  • La morbidité correspond au nombre de personnes souffrant d’une maladie dans une population donnée pendant un temps donné.

Par exemple il est possible d’observer la mortalité par cancer suivant le secteur d’activité professionnelle.
Des statistiques sont disponibles au niveau national

Indicateurs Santé-Travail dans les fiches médico-professionnelles rédigées par le CISME
Des indicateurs santé travail sont disponibles dans les fiches médico-professionnelles du CISME :

  • thésaurus de nuisances ;
  • thésaurus de tâches, lieux de travail, organisation du travail ;
  • thésaurus d’effets sur la santé.

Fiches médico-professionnelles rédigées par le CISME

Observatoire Evrest : recueil national d’indicateurs en santé au travail
Le dispositif EVREST (Evolutions et relations en santé au travail) mis en place depuis le début de l’année 2008 se donne pour objectif de recueillir et suivre des informations chiffrées sur différents aspects du travail et de la santé.

En effet les évolutions permanentes des conditions de travail nécessitent de mettre en place des indicateurs de santé au travail qui permettront de mettre en évidence des problèmes à l’échelon collectif.

Ce dispositif longitudinal va collecter des indicateurs en santé au travail.

Le recueil des données concerne un échantillon national de salariés nés au mois d’octobre des années paires.

Cet observatoire a une double préoccupation :

  • produire des connaissances sur l’évolution du travail et la santé d’un échantillon de salariés suivis dans le temps ;
  • fournir également aux médecins participant la possibilité de produire des données locales en fonction de leurs besoins.

EVREST est un outil qui fournit des chiffres qui intéressent beaucoup les entreprises.

Les examens biométrologiques sont des indicateurs d’exposition

La surveillance biologique des expositions professionnelles peut être réalisée grâce aux examens biométrologiques

La surveillance biologique de l’exposition aux produits chimiques en milieu professionnel est une des méthodes d’évaluation du risque chimique, en complément de la surveillance des atmosphères de travail.

Il existe des indicateurs validés en particulier pour de nombreuses substances CMR, cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction.
Entre 2002 et 2006 on peut observer un accroissement des examens urinaires, aux dépends des examens sanguins.

Les examens relatifs au plomb sont en nette décroissance et représentent moins de 20% des examens.

Parmi les 10 examens les plus prescrits, 7 concernent des produits CMR :

  • plombémie ;
  • ppz sanguins ;
  • acide trans muconique urinaire ;
  • ALA urinaire ;
  • mercure urinaire ;
  • arsenique urinaire ;
  • carboxyhémoglobine

Construction d’indicateurs consensuels entre médecins, IPRP, intervenants en santé travail

L’association Picardie Santé Travail qui regroupe des médecins du travail et des Intervenants en prévention des risques professionnels, IPRP, de tous les services de santé au travail de Picardie, soient 9 services, s’est attachée à élaborer des indicateurs communs déclinés par le Plan régional santé travail, PRST.

Les indicateurs pour les risques psychosociaux

Définition du risque psychosocial
Le risque psychosocial au travail comprend un ensemble de risques qui visent l’intégrité psychique et donc physique par voie de conséquence des personnes impliquées dans une relation de travail qui comporte un élément de dépendance.
Les risques psychosociaux naissent à la rencontre du sujet, du collectif et de l’organisation.

Besoin d’indicateurs sur le vécu du travail et le risque psychosocial
Le risque psychosocial n’épargne personne, même les travailleurs à fort capital culturel et social sont touchés.

Le risque psychosocial se trouve dans l’organisation de la société, l’organisation de l’économie, l’organisation et la stratégie des entreprises, l’organisation du travail, le vécu subjectif du travail (satisfaction au travail, implication et motivation au travail, désutilité du travail) et l’état psychologique.

Il existe une demande à la fois sociale et politique pour que des indicateurs soient définis pour le risque psychosocial au travail.

Demande sociale :

  • de la part des travailleurs,
    compte tenu de la réorganisation des entreprises intervenue entre 1985 et 2000,
    d’où une intensification du travail et des changements organisationnels ;
  • vieillissement de la population active,
    par conséquent,certaines conditions de travail ne sont plus supportées à cause du vieillissement de ces personnes ;
  • changement socio-culturel,
    il existe actuellement un rapport différent à la santé physique et à la santé mentale ;
  • demande de la part de certaines entreprises
    car les mauvaises conditions de travail ont un coût et il existe un transfert occulte vers des entreprises qui ont de meilleures conditions de travail.

Demande politique :

  • le Ministre du travail a confié une mission à des experts, afin de mesurer le risque psychosocial au travail, le rapport recommande de construire un indicateur,
    l’INSEE doit construire un indicateur sur le risque psycho-social ;
  • il n’existe pas de consensus pour ces indicateurs.
    Pour mémoire il a fallu 60 ans se mettre d’accord sur la mesure du chômage.

Une étude dans le secteur bancaire, présentée lors du congrès, a évalué le risque psychosocial grâce à la combinaison de deux approches : psychoergonomique et épidémiologique (questionnaire de Karasek, questionnaire de Siegrist et échelle visuelle analogique).

Indicateurs cliniques d’alerte sur les risques psychosociaux
Une étude présentée lors du congrès propose un indicateur clinique qui peut s’intégrer dans la pratique quotidienne du médecin du travail.

Des critères cliniques ont été utilisés, plutôt que des questionnaires, afin de rechercher la souffrance au travail, basée sur la clinique, au cours de la consultation médicale.

Dans un deuxième temps, une exploitation collective des données a été réalisée afin d’alerter l’entreprise, qui doit ensuite mettre en place des modifications.
5 critères cliniques ont été considérés comme significatifs :

  • troubles du sommeil en lien avec le travail d’une durée supérieure à 15 jours ;
  • au moins deux plaintes somatiques,
    telles que hypertension, céphalées, troubles musculo-squelettiques, TMS, palpitations ;
  • douleur morale en rapport avec le travail, verbalisation spontanée ou suscitée, expression d’affects négatifs en rapport avec le travail ;
  • dépression notable médicalement constatée, selon la définition du D.S.M IV ;
  • stratégies d’ajustement, c’est à dire mise en place d’un comportement pour s’adapter à la situation professionnelle problématique.

Chacun de ces critères est côté par oui ou non,
il y a souffrance au travail, dès que deux de ces critères sont présents,
dont au moins un lié au travail ( trouble du sommeil, douleur morale, stratégie d’ajustement).

Construction d’indicateurs de prévention tertiaire

6% des 15 millions de salariés suivis ont une restriction d’aptitude. [fin important]
La prévention primaire consiste à empêcher la survenue d’une maladie, tandis que la prévention secondaire se donne pour objectif de dépister une maladie.
La prévention tertiaire, quant à elle, consiste à maintenir une personne dans son emploi, prévenir la désinsertion professionnelle.

Une communication lors du congrès a été consacrée à la mise en place de plateformes interdisciplinaires ( médecins du travail, médecins conseil, médecins de soins, rééducateurs, psychologues, services sociaux, ergonomes,etc) qui ont pour objectif de redynamiser très précocément des salariés en difficultés, afin de les rendre acteurs et d’éviter les évolutions sinistrosiques.

Indicateurs quantitatifs

    • Indicateurs d’entrée :
      nombre d’officialisations de problèmes de santé au travail, détectées par le service de santé au cours de l’année.
    • Indicateurs de sortie
      nombre de maintiens dans l’entreprise au 31 décembre de l’année ;
      nombre de maintiens dans l’emploi en dehors de l’entreprise d’origine ;
      nombre de sorties de l’entreprise avec des solutions sociales, telles que retraite, invalidité ;
    • nombre de sorties du travail sans solution professionnelle avec risque de précarisation.

 

Indicateurs de suivi du process méthodologique

  • Il faut redonner confiance au salarié le plus tôt possible en le rendant acteur, empêcher la sinistrose grâce à l’anticipation des questions d’avenir.
  • Il faut assurer la cohérence des discours médicaux, sociaux et familiaux.
  • Assurer le suivi, évaluer, valoriser chacun des acteurs du maintien.
  • Il faut environ 25 acteurs pour assurer un maintien dans l’emploi.

Appropriation par un service de santé au travail
Création d’une plateforme de prévention tertiaire entre le salarié, l’employeur et le collectif, afin d’éviter toute rupture de la prise en charge de la maladie.

Il existe souvent une incohérence entre les discours des différents médecins :
médecins spécialistes, médecins traitants, médecins conseil et médecins du travail.

Il doit absolument exister une relation triangulaire entre les médecins du travail, les médecins conseil et les médecins traitants.
Il est important de diminuer la durée des arrêts de travail par une redynamisation précoce du salarié.

Il faut développer des partenariats avec des psychologues, rééducateurs, etc

Il existe un protocole national entre l’état, la Cnam, la MSA , l’Agefiph pour le maintien dans l’emploi des personnes handicapées ( 13 juillet 2006).

Les indicateurs n’apparaissent utiles aux professionnels que s’ils sont source d’action et de dynamisme :
les indicateurs de santé au travail peuvent provoquer une dynamique de maintien dans l’emploi.

Indicateurs sur la prévention des risques au sein de l’entreprise

Les questions à poser :

Les indicateurs en santé au travail sont importants à connaître, ils ont en effet le pouvoir de motiver une action en entreprise, de créer une dynamique collective.


 

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Sélection d’indicateurs pour les risques psychosociaux


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