Prise d’anxiolytiques et somnifères au long cours pour supporter des conditions de travail difficiles : risques pour la santé

Cerveau-Santé au travail

Régulièrement des salariés disent aux médecins du travail résister aux conditions de travail grâce à la prise d’un traitement psychotrope régulier, notamment des benzodiazépines. Or, la consommation au long cours de benzodiazépines, présentes  dans de nombreux anxiolytiques et  somnifères,  favoriserait l’entrée dans la maladie d’Alzheimer. C’est ce qu’affirme Bernard Bégaud, pharmacologue et épidémiologiste qui publie un article dans le dernier numéro de la revue Sciences et Avenir « Ces médicaments qui favorisent Alzheimer », avant de publier très prochainement les résultats définitifs de son étude BZD.

 

Effets secondaires des benzodiazépines : rapport parlementaire de 2006
Non respect des modalités prescription pour les anxiolytiques et les hypnotiques
Principales benzodiazépines, avec leur équivalent générique, commercialisées en France

 Des études antérieures réalisées au cours des dix dernières années ont déjà conclu à des résultats similaires, ont permis d’observer un déclin cognitif chez des consommateurs de benzodiazépines ( cet élément figure dans un rapport parlementaire de 2006 « Du bon usage des psychotropes ».)

La France consommerait 5 à 10 fois plus d’anxiolytiques et hypnotiques  que les autres pays d’Europe.
Selon l’avis n° 114 du Comité consultatif national d’éthique « Usage de l’alcool, des drogues et toxicomanie en milieu de travail. Enjeux éthiques liés à leurs risques et à leur détection » :
6% des salariés prendraient un médicament psycho-actif :

« Le contexte professionnel peut jouer un rôle important dans le développement de l’usage de l’alcool, de produits illicites et de médicaments psychotropes : pénibilité de certains postes, stress au travail, « deshumanisation «  des rapports de travail dans certaines grandes entreprises au profit des seules exigences de rentabilité. »

Il n’y avait que 7 benzodiazépines en France en 1975, environ 40 sont aujourd’hui disponibles sur le marché : toutes ces benzodiazépines ont pour effet de calmer le sytème nerveux.
Bernard Bégaud, pointe surtout le non respect des modalités de prescriptions pour ces traitements qui renferment des benzodiazépines.

Les hypnotiques (classe représentée essentiellement par les benzodiazépines  et apparentés) et les anxiolytiques (principalement des benzodiazépines ) sont 2 classes de traitements psychotropes . On identifie également les neuroleptiques, les antidépresseurs et les thymorégulateurs.

La prescription des anxiolytiques et des somnifères est encadré par le code de la santé publique, conformément à un arrêté qui date de plus de 20 ans,  et qui limite théoriquement  la durée de prescription à 2 semaines pour les somnifères et à 3 mois pour les anxiolytiques.

Effets secondaires des benzodiazépines : rapport parlementaire de 2006

 Le Rapport parlementaire de  2006 « Du bon usage des psychotropes » affirme que plusieurs études ont mis en évidence les effets des benzodiazépines sur les performances cognitives.

1. Les effets secondaires des psychotropes à base de benzodiazépines.
L’impact délétère des benzodiazépines sur les performances cognitives, et en particulier sur la mémoire à court terme, a été mis en évidence par plusieurs études, même s’il n’est actuellement pas possible de conclure à l’existence d’un lien causal entre exposition aux benzodiazépines et détérioration cognitive. Les résultats de ces études conduites en population générale peuvent en tout cas être considérés comme un signal épidémiologique indiquant que des études complémentaires sont nécessaires. Du fait de la proportion importante de sujets exposés à ces médicaments, une augmentation, même minime, du risque de détérioration cognitive pourrait générer un nombre significatif de cas de démence, avec de larges répercussions sur la santé des populations âgées.

Non respect des modalités prescription pour les anxiolytiques et les hypnotiques

 L’arrêté du 1er février 2001, a modifié l’arrêté du 7 octobre 1991 fixant la liste des substances de la liste I des substances vénéneuses à propriétés hypnotiques et/ou anxiolytiques dont la durée de prescription est réduit.

Les anxiolytiques ne doivent pas être prescrits durant plus de 12 semaines

“Ne peuvent être prescrits pour une durée supérieure à douze semaines les médicaments contenant les substances à propriétés anxiolytiques, ainsi que leurs sels lorsqu’ils peuvent exister, inscrites sur la liste I des substances vénéneuses à des doses et à des concentrations non exonérées figurant à la deuxième partie de l’annexe du présent arrêté.
Le conditionnement extérieur de ces médicaments doit comporter la mention : “Ce médicament ne peut être prescrit pour une durée supérieure à douze semaines”.

  • Alpidem.
  • Alprazolam.
  • Bromazépam.
  • Buspirone.
  • Chlordiazépoxide.
  • Clobazam.
  • Clorazépate dipotassique.
  • Clotiazépam.
  • Delorazépam.
  • Diazépam.
  • Difébarbama.
  • Ethyl loflazépate.
  • Etifoxine.
  • Fébarbamate.
  • Hydroxyzine.
  • Kétazolam.
  • Lorazépam.
  • Médazépam.
  • Méprobamate.
  • Nordazépam.
  • Oxazépam.
  • Prazépam.
  • Proxibarbal.
  • Tofisopam.

Les somnifères ne doivent pas être prescrits durant plus de 15 jours

« Art. 1er bis. – Ne peuvent être prescrits pour une durée supérieure à deux semaines les médicaments :
« – contenant des substances à propriétés hypnotiques, ainsi que leurs sels lorsqu’ils peuvent exister, inscrites sur la liste I des substances vénéneuses à des doses ou à des concentrations non exonérées et figurant à la troisième partie de l’annexe du présent arrêté ;
et dont l’indication thérapeutique figurant sur l’autorisation de mise sur le marché est “insomnie”. »

 

  • Amobarbital.
  • Brotizolam.
  • Butalbital.
  • Butobarbital.
  • Clorazépate dipotassique.
  • Cyclobarbital.
  • Diazépam.
  • Estazolam.
  • Ethyl loflazépate.
  • Flurazépam.
  • Hexapropymate.
  • Kétazolam.
  • Lorazépam.
  • Lormétazépam.
  • Médazépam.
  • Méprobamate.
  • Nitrazépam.
  • Oxyfénamate.
  • Pentobarbital.
  • Témazépam.
  • Vinbarbital.
  • Vinylbital.
  • Zopiclone.
  • Zolpidem.
  • Loprazolam.

 

Principales benzodiazépines avec leur équivalent générique commercialisées en France

 Traitements contre l’anxiété

  • VALIUM®, diazépam sur le marche depuis 1963
  • TEMESTA®, lorazépam sur le marché depuis 1977
  • XANAX®, alprazolam, sur le marche depuis 1982
  • LEXOMIL®, bromazépam, sur le marché depuis 1988
  • NORDAZ®, nordazépam, sur le marché depuis 1984
  • TRANXENE®, chlorazépate dipotassique, sur le marché depuis 1988
  • SERESTA®, oxazépam, sur le marché depuis 1986

Somnifères
Benzodiazépines

  • Noctran®, Clorazépate dipotassique
  • Havlane®, Loprazolam
  • Noctamide®, Lormetazepam

Apparentés aux bezodiazépines

  •  STLNOX®, zolpidem, sur le marché depuis 1987
  • MOGADON®, nitrazépam sur le marché depuis 1986
  • IMOVANE®, zopiclone, sur le marché depuis 1984

Traitement des contractures musculaires

  • MYOLASTAN®, tétrazépam, sur le marché depuis 1967

 

 Compte tenu de l’accoutumance aux benzodiazépines, ces traitements ne doivent pas être interrompus brutalement, mais avec l’aide du médecin traitant.

 

Il existe de nombreux indicateurs en santé au travail, pourquoi ne pas  également prendre en compte  la consommation de traitements psychotropes ?
En effet, un indicateur très classique de santé au travail est représenté par l’absentéisme.  Or, de plus en plus de salariés préfèrent prendre des traitements bien que les conditions de travail soit très difficiles pour continuer à assumer leur travail…C’est pourquoi étudier la consommation de psychotropes au sein d’une entreprise pourrait également être pertinent pour évaluer la santé au travail…

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