Lombalgies : réflexion d’un médecin expert à propos des tableaux n° 97 et n°98 des maladies professionnelles

Les tableaux n°97 et n°98 des maladies professionnelles indemnisent les affections chroniques du rachis lombaire provoquées soit par les vibrations (tableau n°97) soit par la manutention manuelle de charges lourdes (tableau n°98). C’est ce dernier qui est le plus souvent en cause. Cependant son intitulé même nous laisse perplexe car il reconnaît au titre de la maladie professionnelle les sciatiques par hernie discale avec atteinte radiculaire de topographie concordante et/ou les radiculalgies crurales. C’est à dire qu’il ne s’adresse qu’aux assurés présentant une atteinte nerveuse.

Pour mémoire un lumbago correspond à la déchirure de l’annulus du disque vertébral
Qu’en est il en pratique ?
Conclusion

 

Pour mémoire un lumbago correspond à la déchirure de l’annulus du disque vertébral

 L’annulus se déchire parce que le disque est malade. C’est la conséquence d’un dessèchement global du disque qui découle d’un dysfonctionnement de cellules nucléaires appelées protéoglycanes.
Leur dysfonctionnement entraîne progressivement une deshydratation du disque avec comme conséquence, une perte de hauteur, un bombement omnidirectionnel (prédominant dans les zones de faiblesse et de moindre renforcement par les ligaments vertébraux), mais aussi un dessèchement de l’annulus, favorable à la survenue de déchirures à son niveau.

Ces déchirures plus ou moins complètes, résultent souvent de mouvements combinés plus que de mouvements de force, sont sa traduction clinique dans le terme de lumbago aigu.
L’évolution propre de cette déchirure est une cicatrisation par un processus fibreux ; il n’est pas certain qu’elle laisse subsister un handicap plus important qu’avant sa survenue, aucun moyen ne permet de l’affirmer ou de l’infirmer.
Par contre la maladie sous-jacente continue à évoluer pour son propre compte souvent dominée par des lombalgies, c’est-à-dire des douleurs lombaires, dont l’origine est multiple : conflit des articulaires postérieures résultant de la perte de hauteur discale, souffrance des ligaments intervertébraux secondaires à l’instabilité intervertébrale résultant là encore de la perte de hauteur discale, altération des différentes composantes du disque vertébral, etc

Dans la description de l’évolution de la maladie discale, la radiculalgie quelle qu’en soit sa topographie ne surviendra la plupart du temps qu’à l’occasion d’une déchirure de l’annulus plus importante que les autres qui permettra une issue d’une partie du matériel annulaire.

Cependant la souffrance radiculaire ne trouve pas une origine univoque dans l’effet de masse de la hernie comprimant et/ou étirant le nerf mais également dans des processus plus complexes résultants de la sécrétion de déchets discaux neurotoxiques.

Qu’en est il en pratique ?

 La lombalgie est certainement l’élément prédominant de par sa constance, son installation dans la chronicité. Elle devient un élément majeur du handicap.
On comprend facilement à l’énoncer ci-dessus des causes de la lombalgie que les travaux de force pourront rapidement trouver leurs limites voire ne plus être possibles.

Des travaux manuels de force (nous rappelons que c’est les cas les plus fréquemment rencontrés) apparaissent ainsi non pas tant comme la cause de la lombalgie mais comme facteur surajouté aggravant la lombalgie.

Le tableau ainsi réalisé est plus responsable d’une inaptitude plus que d’une maladie professionnelle c’est-à-dire d’une maladie provoquée par la répétition d’un certain nombre de mouvements de force.

Voici pour la lombalgie mais que dire de la désignation des maladies que l’on retrouve dans les tableaux n°97 et n°98 c’est-à-dire les sciatiques par hernie discale ou les radiculalgies crurales par hernie discale.
Nous avons vu leur origine et leur survenue n’est sans aucune raison liée à la répétition de mouvements de force ; il faut insister sur le fait qu’une déchirure complète de l’annulus est plus souvent le fait de la survenue de mouvements complexes (rotation, flexion, inclinaison latérale) du rachis lombaire parfois minime mais sans obligation de notion de force.

Par contre la violence d’un mouvement peut être un élément aggravant de la déchirure et l’on se trouve alors plus dans le cadre d’un accident du travail que d’une maladie professionnelle.

 

Conclusion

C’est cette confusion entre inaptitude et maladie professionnelle, accident du travail et maladie professionnelle qui rend perplexe le médecin expert. Consciemment ou inconsciemment, l’assuré, le médecin traitant l’ont sans doute ressenti car dans la “vraie vie” nous rencontrons beaucoup plus de pathologies lombaires prises en charge au titre de l’accident du travail que de la maladie professionnelle.

Cet article a été réalisé conjointement par

Dr Marie-Thérèse Giorgio,
responsable de la rédaction du site www.atousante.com

Dr Pierre Heissler :

  • Chirurgien Orthopédiste, membre du Collège d’Orthopédie et de la Société Française de Chirurgie Rachidienne,
  •  Expert près la Cour d’Appel (en orthopédie et en contentieux de la Sécurité Sociale),
  •   Expert près la Commission Nationale des Accidents Médicaux,
  •   Expert près la Cour Nationale d’Indemnisation de l’Incapacité et des Accidents du Travail.

Tableaux des maladies professionnelles associés :

  Tableau n°97 RG : Affections chroniques du rachis lombaire provoquées par des vibrations de basses et moyennes fréquences transmises au corps entier (7,1 KiB, 63 936 hits)

  Tableau n°98 RG : Affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes (7,3 KiB, 139 404 hits)

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