Mise en évidence de l’exposition aux pesticides grâce à l’analyse des cheveux des salariés qui travaillent dans les vignes

Une enquête a été conduite récemment sur un nombre restreint de salariés viticoles et des riverains des vignes française dans un village bordelais du Médoc : l’ étude s’est basée sur l’analyse des cheveux des ces personnes volontaires à la recherche de résidus de pesticides. L’analyse des cheveux pour évaluer l’exposition à des polluants est très récente. Cette étude ayant  porté sur un petit échantillon de 25 personnes, ses résultats n’ont pas de valeur statistique mais elle a le mérite d’alerter sur l’exposition multiple des travailleurs viticoles, très peu étudiée alors que la France est le premier pays européen utilisateur de pesticides, le 3ème dans le monde et la consommation de pesticides ne cesse d’augmenter régulièrement malgré le plan écophyoto lancé en 2008!

Définition des pesticides
Les pesticides en chiffres
Enquête conduite en octobre et novembre 2012
Site e-phy : tout sur les produits phytosanitaires
Mise sur le marché et utilisation des pesticides : arrêté du 12 septembre 2006

L’association générations futures, un laboratoire et une salariée agricole sont à l’origine de cette enquête. Le frère de la salariée en question,  également salarié viticole, est décédé d’un cancer des voies biliaires intrahépatiques. Sa soeur a tenté de le faire reconnaître au titre des maladies professionnelles après son décès mais elle a eu beaucoup de difficultés à obtenir la liste des pesticides auxquels il avait été exposé.

Définition des pesticides

Si l’on se réfère au dernier rapport parlementaire d’information sur les pesticides :

Pesticide :

“toute substance destinée à repousser, détruire ou combattre les ravageurs et les espèces indésirables de plantes ou d’animaux causant des dommages aux denrées alimentaires, aux produits agricoles, au bois et aux produits ligneux, ou des aliments pour animaux. Sont également inclus les régulateurs de croissance des plantes, les défoliants, les dessicants, les agents réduisant le nombre de fruits ou évitant leur chute précoce, et les substances appliquées avant ou après récolte pour empêcher la détérioration des produits pendant leur stockage ou leur transport”.

Les pesticides en chiffres

Ces chiffres sont également tirés du dernier rapport parlementaire sur les pesticides
La France reste une grande consommatrice de pesticides, puisqu’elle est le 3ème consommateur mondial (derrière les Etats-Unis et le Japon) et le premier utilisateur en Europe.

  • Les fongicides représentent 49 % du volume,
  • les herbicides 34 %,
  • et les insecticides 3 %,
  • les produits divers représentent 14 %.

Ces pesticides sont utilisés à 90 % par l’agriculture.
En moyenne nationale, le volume de produits phytosanitaires vendu par hectare cultivé est de 4,3 kg.

Le gouvernement a entrepris la mise en oeuvre du plan Ecophyto 2018  : ce plan interministériel de réduction des risques liés aux pesticides, présenté en 2006  prévoit la réduction de 50 % des quantités vendues de substances actives les plus dangereuses.

Les effets des pesticides sur la santé sont encore mal connus. La maladie de Parkinson provoquée par les pesticides est désormais reconnue en maladie professionnelle. Certains pesticides provoquent des neutropénies, d’autres des hémopathies malignes, des cancers, etc
Une étude de très grande ampleur, l’étude Agrican, est actuellement menée par la MSA.

Enquête conduite en octobre et novembre 2012

L’étude a porté sur 25 personnes  réparties en 3 populations

15 salariés viticoles du Médoc, 10 non salariés viticoles dont 5 riverains des vignes du Médoc et 5 témoins vivant loin des vignes.

Ce sont des mèches de cheveux qui ont été analysées dans lesquelles on a recherché 35 molécules différentes

Depuis peu, on analyse les cheveux pour évaluer l’exposition à des polluants.

Cette méthode d’analyse des cheveux met en évidence les molécules mères des pesticides et non les métabolites ( comme c’est souvent le cas dans les autres analyses biologiques).

En effet, un même métabolite peut être le fruit de plusieurs molécules mère. D’autre part les prélèvements sanguins et urinaires reflètent l’exposition récente ( 1 à 2 semaines)
Cette analyse des cheveux est régulièrement utilisée en médecine légale et dans le cadre de la restitution du permis du conduire à la suite d’une suspension ou annulation pour conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants.

Le cheveu prend naissance sous la peau au niveau du bulbe qui est irrigué par les vaisseaux sanguins. Lors d’une consommation de stupéfiants, d’alcool, de médicaments, ou lors d’une exposition à des produits chimiques, les molécules sont transportées par le sang et incorporées dans la matrice protéique du cheveu au niveau de sa racine. Les cheveux en croissance continuent à incorporer ces molécules.
Les cheveux poussent d’1 cm par mois et leur analyse, cm par cm, permet de retracer l’exposition   dans le temps : l’étude du cheveu situé le plus près de la racine reflète l’exposition la plus récente, alors que l’étude du cheveu vers la pointe témoigne de l’exposition la plus ancienne.

Ainsi, une analyse des 3 premiers centimètres à partir de la racine cible une exposition réelle dans les vignes sur les 3 derniers mois.

Le cheveu une fois sorti du bulbe est considéré comme matrice morte, sa composition chimique ne se modifie pas dans le temps, il est possible de le conserver longtemps à l’abri de la lumière et de l’humidité.

Liste des substances testées au cours de cette étude

azoxistrobine, boscalid, carfentrazone-ethyl, chlorpyriphos-ethyl, cyprodinil, dimétromorphe, diuron ( interdit en 2003), fenamidone, fenhexamid, fluazinam, fludioxonil, flufenoxuron, flusilazole, glufosinate d’ammonium, glyphosate/AMPA, hexythiazox, iprovalicarbe, kresoxim-methyl, lufenuron, mepanipyrim, metalaxyl M, methomyl ( interdit depuis 2009), metirame de zinc, myclobutanil, penconazole, pyraclostrobine, pyrimethanil, quinoxyfene, simazine ( interdit en 2003), spiroxamine, tebuconazole, tebufenozide, triadimenol, trifloxystrobine, zoxamide.

Résultats de l’étude des cheveux des salariés viticoles et des riverains

Tous les salariés viticoles testés ont des résidus de pesticides viticoles dans leurs cheveux, ils en ont plus que les riverains des vignes, mais ces riverains en ont plus que les riverains qui habitent loin des vignes.

Il y a 11 fois plus de résidus de pesticides en moyenne chez les salariés viticoles que chez les non professionnels.
Parmi les 15 salariés viticoles testés, 4 présentent 10 pesticides différents.
74% des pesticides actuellement autorisés ont été retrouvés au moins une fois chez les personnes testées, un produit interdit, le diuron, a même été retrouvé chez un des salariés.
Plus de 45% des molécules retrouvées sont classées cancérigènes possibles en Europe ou aux USA et plus de 36% des molécules retrouvées sont susceptibles d’être des perturbateurs endocriniens.

Site e-phy : tout sur les produits phytosanitaires

Le site e-phy  liste les produits phytosanitaires, les mélanges, les substances, leurs usages, leur toxicologie, leurs effets non intentionnels, les LMR ( limites maximales applicables aux résidus de pesticides, les produits retirés du marché, etc

Mise sur le marché et utilisation des pesticides : arrêté du 12 septembre 2006

L’ arrêté du 12 septembre 2006 encadre l’utilisation des pesticides, il précise notamment les délais de rentrée sur une parcelle traitée c’est à dire le temps au bout duquel il est possible de revenir travailler dans la vigne après l’avoir traitée ( en fonction des produits chimiques qui ont été utilisés pour le traitement) : ces délais de rentrée ne seraient pas toujours bien observés par ceux qui travaillent la vigne.

  • le délai de rentrée est de 6 heures habituellement ( 8H si le milieu est clos),
  • 24 heures pour les produits irritants qui comportent au moins une des phrases de risques : R36, R38, R41,
  • 48 heures pour les produits allergisants qui comportent au moins une des phrases de risques : R42, R43.

Synthèse des textes qui encadrent l’utilisation des pesticides

Les auteurs de l’étude conduite en novembre 2012 posent la question : peut-on limiter l’exposition des salariés viticoles aux pesticides en diminuant les quantités manipulées et en mettant en place des équipements de protection individuelle plus adaptés ( selon l’ANSES de nombreux vêtements de travail ne sont pas conformes en matière de perméation aux performances annoncées par les fabricants), le tout conjugué à une meilleur formation pratique pour une meilleure utilisation des produits phytosanitaires dans le cadre de l’activité professionnelle ( le délai de rentrée dans une parcelle traitée, par exemple, n’est  pas toujours bien observé.

Cette étude mérite d’être réalisée à plus grande échelle et dans d’autres régions : l’analyse des cheveux semble être un moyen assez simple à mettre en oeuvre pour mettre en évidence l’exposition à des produits chimiques au cours des mois qui ont précédé. Les visites médicales de médecine du travail pour les salariés du régime agricole pourraient être l’occasion de mesurer les expositions des salariés grâce aux tests capillaires.


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