Un manutentionnaire expérimenté et un manutentionnaire novice ont-ils les mêmes méthodes de travail ?

De nombreuses études ont prouvé que les manutentionnaires qui ont de l’expérience développent des façons de travailler différentes de ceux qui sont novices dans le métier. Ces méthodes de travail sont à la fois sécuritaires et avantageuses en terme de production.

Les programmes de formation mis en oeuvre pour prévenir les accidents du travail qui surviennent au niveau du dos à l’occasion d‘efforts de manutention ne donnent pas toujours des résultats très probants.

L’équipe canadienne de l’IRSST, Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité au travail, a réalisé un travail comportant trois études visant à mieux connaître les modes opératoires des manutentionnaires experts, et novices, dans le but de développer des programmes de formation mieux adaptés au travail.
Diverses situations de travail ont été observées au cours desquelles ont été recueillis des données biomécaniques et des observations ergonomiques.
Intégralité du rapport de l’IRSST

De nombreuses situations de travail nécessitent de réaliser de la manutention manuelle.

L’expérience acquise permet aux manutentionnaires de développer des façons de faire sécuritaires et efficientes :

  • un mode sécuritaire vise à assurer l’intégrité du dos,
  • tandis qu’un mode efficient vise à atteindre les objectifs de production tout en réduisant les efforts.

Une première étude s’est attachée à réaliser des tests physiques dans les 2 catégories de manutentionnaires : elle a conclu que

en terme de forces et d’endurance musculaire d’une part et d’endurance aérobique d’autre part, il n’y avait pas de différences entre les deux catégories de manutentionnaires, experts et novices.

Une deuxième étude a observé comment opéraient les manutentionnaires des 2 catégories pour assurer le transfert de caisses de 15 kgs d’un convoyeur vers un diable situé à une distance de 1,5 m.
La vitesse de manutention et la technique de manutention étaient libres.

Les manutentionnaires experts n’adoptent pas la même posture que les novices : les experts fléchissent moins la région lombaire et le thorax, mais à l’opposé fléchissent plus les genoux et s’approchent plus de la charge à transporter que ce soit sur le plan vertical ou horizontal. En effet en fléchissant moins le tronc, les experts compensent en fléchissant plus les genoux pour se rapprocher des caisses à soulever.

De nombreuses autres études avaient déjà montré que les manutentionnaires expérimentés tentent toujours de réduire la distance entre la charge et le corps.
Plus la tâche de manutention est proche du sol, plus les écarts entre les experts et les novices sont importants. Cette hauteur des charges, étant donné qu’elle amplifie les différences entre les experts et les novices, doit être intégrée dans les programmes de formation à la manutention, les formations PRAP ( Prévention des risques liés à m’activté physique).

Une troisième étude a observé le transfert de caisses de palette à palette. Les manutentionnaires travaillaient de façon libre, sans qu’aucune consigne d’exécution ne soit donnée, puis à une cadence imposée ( transfert de 9 caisses à la minute).

Les manutentionnaires, expérimentés ou non, ont ressenti la même fatigue physique, cette dernière étant plus marquée lors de la manutention à une cadence imposée.

Plusieurs tests de fatigue ont été effectués, dont l’un qui utilisait l’échelle de Borg CR-10

Les mêmes constats ont été réalisés au niveau de la posture : les experts, par rapport aux manutentionnaires novices, fléchissent moins la région lombaire, fléchissent davantage les genoux et s’approchent davantage de la charge, aussi bien dans le plan horizontal que vertical.
Le parcours vertical de la caisse est plus court chez les manutentionnaires qui ont de l’expérience.

Les deuxième et troisième étude ont fait l’objet d’une analyse ergonomique
Les manutentionnaires varient beaucoup leur façon de procéder et l’adaptent en fonction du contexte. Certaines méthodes de travail sont similaires entre les manutentionnaires experts et les novices, mais les manutentionnaires utilisent plus souvent des façons de faire reconnues pour leur valeur sécuritaire.

Ce rapport conclut que les experts par rapport aux novices n’adoptent pas la même posture.
Les experts semblent favoriser des déplacements en phases distinctes ( bloc) en évitant de transférer la charge de manière continue.
Une attention particulière doit être portée à la région lombaire lors d’activités de manutention. Les experts se donnent une marge de manoeuvre en évitant de fléchir de manière excessive la région lombaire et plient davantage les genoux que les novices. Sans revenir au principe « dos- droit genoux fléchis » , mieux vaut éviter de trop fléchir le dos.
Les manutentionnaires devraient être plus proches des charges qu’ils manipulent, donc ne pas hésiter à approcher la charge et à fléchir les genoux lorsque la charge est au sol.
Il n’existe pas de technique idéale puisque d’autres contextes de travail imposent d’autres modes opératoires. Mieux vaut guider un manutentionnaire dans sa pratique de tous les jours grâce à certains principes de manutention que lui imposer des techniques sans égard au contexte de travail.

L’IRSST propose un site internet entièrement dédié à la manutention.

 

Tableaux des maladies professionnelles associés :

  Tableau n°57 RG : Affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail (75,6 KiB, 336 701 hits)

  Tableau n°79 RG : Lésions chroniques du ménisque (6,5 KiB, 21 170 hits)

  Tableau n°98 RG : Affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes (7,3 KiB, 176 423 hits)




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