Maladie à virus Ebola : urgence sanitaire mondiale

Depuis août 2018 une épidémie de Maladie à Virus Ebola, MVE, sévit en République démocratique du Congo, dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. C’est la dixième épidémie en RDC depuis les années 1970. Depuis juin 2019 des cas ont également été détectés dans le district de Kasese, dans l’ouest de l’Ouganda. Le 17 juillet 2019, l’OMS a déclaré l’urgence sanitaire mondiale pour Ebola. Plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest ont été confrontés en 2014 à une épidémie de maladie à virus Ebola : Guinée, Sierra Leone, Libéria, Nigéria. Cette épidémie avait alors été considérée comme la plus grave épidémie d’Ebola depuis son apparition en 1976 puisque ce virus a tué alors près de 1 000 personnes ( létalité de plus de 50%). Le risque d’importation du virus Ebola, par le biais des voyageurs au sein de l’Union européenne reste faible mais ne peut être exclu. Les professionnels de santé pourraient avoir à gérer des cas suspects de maladie à Ebola.

Le Virus Ebola
La maladie à virus Ebola
Quand faut-il suspecter un cas d’atteinte par le virus Ebola ?
Que faire en présence d’un personne suspecte d’être atteinte par le virus Ebola ? 
Mesures techniques de confinement pour le virus Ebola, agent biologique du groupe 4
Arrêté du 6 août 2014: autorisation de manipulation dérogatoire de l’agent biologique de groupe 4 Ebola
Virus Ebola : vaccins et traitements
Conseils aux voyageurs sur le site du Ministère des affaires étrangères
Conduite à tenir pour les professionnels de santé face à un patient susceptible d’être atteint par le virus Ebola

Le Virus Ebola

Le virus Ebola est apparu pour la première fois en 1976, lors de deux flambées simultanées à Nzara (Soudan) et à Yambuku (République démocratique du Congo, ex Zaire). Yambuku étant situé près de la rivière Ebola , c’est de là qu’est venu le nom de la maladie.

Le virus Ebola appartient à la famille des filovirus qui comporte :

  • le genre Ebolavirus,
  • le genre Marburgvirus,
  • le genre Cuevavirus.

On distingue cinq espèces distinctes d’Ebola virus :

4 Espèces pathogènes pour l’homme :

  • Ebolavirus Bundibugyo (BDBV);
  • Ebolavirus Zaïre (EBOV);
  • Ebolavirus Soudan (SUDV);
  • Ebolavirus Forêt de Taï (Taï Forest TAFV).

Cette espèce n’a pas été détectée jusqu’à présent chez l’homme mais chez certains singes des philippines :

  • Ebolavirus Reston (RESTV);

Le virus Ebola est un agent biologique du groupe 4 ( on distingue 4 groupes d’agents biologiques)
Un agent biologique du groupe 4 provoque des maladies graves chez l’homme, constitue un danger sérieux chez les travailleurs. Il existe un risque de propagation élevée dans la collectivité, et aucune prophylaxie, ou traitement efficace n’est disponible pour un agent biologique du groupe 4.

La maladie à virus Ebola

La maladie à virus Ebola était également appelée fièvre hémorragique à virus Ebola, car c’est une fièvre virale hémorragique.

Transmission du virus Ebola

Le virus Ébola se transmet à l’homme à partir des animaux sauvages et la maladie se propage ensuite d’homme à homme : par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus des sujets et animaux infectés. Un cadavre animal ou humain peut également transmettre la maladie.

Le réservoir pour ce virus demeure inconnu : à plusieurs reprises les singes ont joué un rôle dans la transmission des filovirus à l’homme mais ils ne semblent pas être un véritable réservoir. Des indices montrent que des chauves-souris frugivores/roussettes en Afrique peuvent être porteuses asymptomatiques du virus Ebola.

Ebola est un virus dont la transmission interhumaine se fait assez mal, principalement par le contact avec le sang ou des sécrétions ainsi que lors des rapports sexuels, après le début des symptômes.
Il n’y a pas de transmission pendant la période d’incubation.

La transmission (nosocomiale) se fait également dans des hôpitaux qui ne disposent pas de standards d’hygiène appropriés.
Les infections ont alors lieu entre patients et médecins, et lors des rites funéraires ( les membres de la famille touchent le mort avant son inhumation et ne se lavent pas les mains ensuite, c’est ainsi que le virus Ebola se propage et entraîne la mort des membres de l’entourage…)

Le mode primaire de transmission est incertain, la viande de brousse (« bushmeat ») pourrait jouer un rôle.

Incubation

La période d’incubation pour la maladie à virus Ebola est de 2 à 21 jours (8 à 10 jours).
Après 21 jours une infection à virus Ebola peut être exclue.

Symptômes de la maladie à virus Ebola

Les premiers symptômes peuvent apparaître entre 2 et 21 jours (moyenne de 8 jours) après la contamination et l’essentiel de la contagiosité est réelle après la déclaration des symptômes (état grippal avec des fièvres, douleurs musculaires, diarrhées et vomissements).
La maladie à virus Ébola est une maladie virale aiguë se caractérisant souvent par  l’apparition brutale d’une forte fièvre supérieure à 38,5°, une faiblesse intense, des douleurs musculaires, des maux de tête et une irritation de la gorge. Ces symptômes sont suivis de vomissements, de diarrhées, d’éruptions cutanées, d’insuffisance rénale et hépatique et, dans certains cas, d’hémorragies internes et externes. Le patient est très rapidement hors d’état de se déplacer une fois la maladie déclarée.

Il n’y a pas de transmission de virus lors de l’incubation qui peut durer de 2 à 21 jours. En l’absence de symptômes, il n’y a donc pas de risque de contagion. Mais pendant cette phase asymptomatique durant laquelle on ne détecte rien, le patient peut voyager, et le virus avec lui…

Quand la maladie est déclarée, la transmission se fait par un contact physique rapproché ou un contact avec des surfaces souillées par des liquides biologiques : vomissement, diarrhée, sang, linge souillé . Contrairement à la grippe, il n’y a pas de transmission aérienne du virus Ebola.

La maladie à virus Ebola ne peut pas être transmise par les insectes.

Confirmation du diagnostic de la maladie à virus Ebola

La confirmation du diagnostic repose sur des analyses biologiques réalisées par le Centre national de référence (CNR) :

  • Antigen-capture enzyme-linked immunosorbent assay (ELISA)
  • Mise en évidence d’IgM ELISA
  • PCR
  • Isolement du virus

Ces prélèvements qui ont pour objectif de confirmer le diagnostic, doivent être adressés au CNR dans des conditions de transport sécurisées de niveau P4.

Traitement 

Il n’existe pas de traitement spécifique au virus Ebola. La prise en charge consiste essentiellement en un traitement pour lutter contre la fièvre et en une réhydratation des patients mis en quarantaine le temps qu’ils produisent les anticorps adéquats et se débarrassent du virus. Le taux de mortalité est élevé : jusqu’à 90 % dans certains foyers épidémiques.

Quand faut-il suspecter un cas d’atteinte par le virus Ebola ?

Il faut suspecter une atteinte éventuelle par le virus Ebola :

chez toute  personne fébrile ( fièvre supérieure à 38°5) qui a voyagé dans une région d’endémie durant les 3 dernières semaines et qui a l’anamnèse d’expositon suivante:
• visite de grottes ou de mines
• contact avec des primates ou des chauves-souris (frugivores)
• contact direct avec des patients atteints d’une fièvre virale hémorrragique suspecte.

Que faire en présence d’un personne suspecte d’être atteinte par le virus Ebola ?

A ce jour, il n’ existe pas de contamination aérienne pour le virus Ebola, les mesures de prévention consistent donc à se protéger des contacts avec le sang, les tissus ou les liquides biologiques.

En présence d’une personne suspecte d’être atteinte par le virus Ebola, il faut mettre  en place les mesures barrières ( isolement du patient, lui faire porter un masque chirurgical) et contacter aussitôt le  SAMU-Centre 15  qui conduira une évaluation et dira s’il s’agit ou non d’une atteinte possible par le virus Ebola.
Si le cas est classé comme possible, le SAMU prendra en charge le patient qui sera dirigé vers l’établissement de santé de référence (ESR) désigné pour prendre en charge spécifiquement ce type de patient.
Pour les cas suspects, la prise en charge doit s’effectuer dans un établissement de santé doté d’un laboratoire de type L3 (ex P3).

Mesures techniques de confinement pour le virus Ebola, agent biologique du groupe 4

Les mesures techniques de confinement sont données par l’arrêté du 16 juillet 2007, il faut se référer à l’annexe 5 pour connaître les niveaux de confinements pour la manipulation d’agents biologique du groupe 4

Arrêté du 6 août 2014: autorisation de manipulation dérogatoire de l’agent biologique de groupe 4 Ebola

Un arrêté du 6 août 2014 autorise la manipulation dérogatoire de l’agent biologique de groupe 4 Ebola à des fins de réalisation d’examens biologiques pour les patients atteints d’infection avérée à cet agent.

“Pour  la prise en charge médicale d’une personne atteinte par le virus Ebola, il est nécessaire  de disposer dans un même établissement de santé d’une ou plusieurs chambres d’isolement à pression négative et d’un laboratoire de biologie médicale permettant la réalisation des examens biologiques dans les conditions de sécurité prévues par l’arrêté du 16 juillet 2007.
Considérant que le laboratoire P4 INSERM-Jean Mérieux de Lyon ne peut assurer les examens biologiques courants d’un patient ;
Considérant qu’aucun établissement de santé ne dispose, à ce jour, d’une ou plusieurs chambres d’isolement et d’un laboratoire de biologie médicale permettant la réalisation des examens biologiques dans des conditions de sécurité prévues par l’arrêté du 16 juillet 2007 susvisé.
A titre dérogatoire, la réalisation d’examens biologiques pour les patients atteints d’infection avérée à l’agent biologique de groupe 4 Ebola est autorisée dans les établissements de santé qui disposent d’installations de niveau de confinement 3 et qui sont équipés d’un poste de sécurité microbiologique de niveau III (PSM III).
A défaut, elle peut être organisée dans les établissements de santé qui disposent :
– d‘installations de niveau de confinement 3 et sont équipés d’un poste de sécurité microbiologique de niveau II (PSM II) ;
– d’un automate placé sous tente plastique de protection et implanté dans la chambre d’isolement à pression négative du patient.
Ces établissements prennent les mesures de sécurité et de sûreté adaptées nécessaires en termes d’équipements, de décontamination et de conditions de travail.
L’établissement de santé met en œuvre, dans tous les locaux dédiés à la prise en charge des patients atteints d’infection avérée au virus Ebola, un périmètre de sécurité afin d’empêcher toute intrusion.”

Virus Ebola : vaccins et traitements, recherche en cours

Vaccins

Aucun vaccin n’a d’autorisation de mise sur le marché. L’un d’eux, fabriqué par le laboratoire Merck, a déjà eu un essai de phase 3 en Guinée en 2015. Il a prouvé son innocuité, on a de bonnes raisons de croire à son efficacité.
Un vaccin est toujours en cours d’étude selon l’Organisation mondiale de santé (OMS).

Traitement 

En 2018 l’OMS annonçait avoir eu pour la première fois,  l’approbation réglementaire et éthique pour donner aux sujets infectés par le virus Ebola l’accès à cinq traitements expérimentaux dans le cadre MEURI.

3 sont déjà utilisés :

2 autres pourraient suivre (REGN3470-3471-3479 et Favipiravir).

Lors de 2014, le ZMapp était disponible. Produit par un laboratoire privé aux États-Unis, il résultait de 10 ans de recherche. Ce n’est pas un vaccin mais un cocktail de trois anticorps dits «monoclonaux», c’est-à-dire capables de reconnaître les cellules infectées par le virus et de déclencher une réaction immunitaire. En effet, les anticorps fabriqués par des souris infectés se fixent à la paroi du virus Ebola et l’empêchent ainsi d’infecter les cellules du corps humain.
Le ZMapp a une efficacité complète s’il est administré une heure après l’infection. L’efficacité baisse au fur et à mesure que ce laps de temps est dépassé.

Conseils aux voyageurs sur le site du Ministère des affaires étrangères

Conseils aux voyageurs sur le site du Ministère des affaires étrangères

 Conduite à tenir pour les professionnels de santé face à un patient susceptible d’être atteint par le virus Ebola

Le site du Ministère de la santé donne une conduite à tenir pour les professionnels de santé en France face à une suspicion de maladie à virus Ebola chez un patient ou un salarié.

Cette épidémie à virus Ebola est très inquiétante : actuellement il y a entre 10 et 15 nouveaux cas par jour, parmi les 3 épicentres de l’épidémie l’un se trouve actuellement en zone urbaine et cette épidémie survient dans contexte d’insécurité…

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