Intoxication professionnelle mortelle par le chlorure de méthylène: dichlorométhane

Un ouvrier décapeur est décédé en janvier 2007 d’une intoxication au chlorure de méthylène. Une revue de la littérature montre que les morts toxiques dues au chlorure de méthylène ne sont pas exceptionnelles.

Cet ouvrier réalisait dans une petite entreprise du décapage de bois et de métaux:
les pièces à décaper ( volets, portails..) sont placées dans de grande cuves qui contiennent un mélange de chlorure de méthylène ou dichlorométhane et de décapant.

Cet ouvrier, qui réalisait ce travail depuis plus de 10 ans, avait l’habitude d’utiliser des crochets pour manutentionner la pièce dans la cuve, afin de ne pas s’approcher du bain de décapant, pour ne pas respirer les vapeurs: les personnes expérimentées en décapage travaillent souvent ainsi, car elles savent que les vapeurs de chlorure de méthylène sont dangereuses.

En effet quelques inspirations de vapeurs suffisent à provoquer une narcose qui survient très rapidement, empêchant donc toute tentative de retrait. En l’absence d’intervention rapide des secours, le décès intervient.

Ce salarié a été retrouvé en état de mort apparente sur le rebord de la cuve.La réanimation a été inefficace.
Il n’existe pas de produit de substitution pour ce procédé de décapage de bois et de métaux.
Les entreprises qui réalisent ces travaux sont le plus souvent de petites entreprises artisanales.

Une observation similaire a fait l’objet d’une publication en 2002, dans le N° 63 des Archives des Maladies Professionnelles
«Intoxication mortelle par le chlorure de méthylène lors du décapage de bois et métaux».
Par F.Testud, O.Martin, M.Charretton.

L’observation est superposable à celle décrite ci-dessus.
L’intoxication est survenue chez un artisan décapeur de bois et métaux, expérimenté dans le décapage.

Extraits de cette publication:

«Le dichlorométhane ou chlorure de méthylène est un solvant chloré très largement utilisé:
Dans la formulation de peintures en aérosol, adhésifs, et surtout décapants pour peintures et vernis.
C’est un solvant d’extraction dans l’industrie alimentaire.
Un solvant d’extraction/purification dans l’industrie chimique et pharmaceutique.
Un solvant réactif dans la production du polycarbonate et du triacétate de cellulose.
Un agent d’expansion des mousses polyuréthanes.
Un produit de nettoyage dégraissage dans la métallurgie.
Près de 60 000 travailleurs sont régulièrement exposés au chlorure de méthylène en France.

Le chlorure de méthylène est particulièrement narcotique, de fait, comme le trichloréthylène et le chloroforme, il a été utilisé, au début du XXème siècle, comme anesthésique général.
En cas d’inhalation massive de vapeurs apparaissent brutalement des troubles de la conscience, puis un coma, d’évolution fatale, si l’intervention des secours est trop tardive.
Il existe une abondante littérature toxicologique concernant le chlorure de méthylène, son analyse montre que le solvant est responsable de nombreuses morts toxiques au travail.

Cette notion est méconnue des médecins du travail car nombre de ces publications sont publiées dans des revues de médecine légale.
Plusieurs de ces décès ont été rapportés à la suite de travaux de décapage de peintures en milieu confiné, ou lors d’interventions sur des citernes contenant des résidus de décapage.
Les concentrations atmosphériques, mesurées ou estimées à postériori, sont toujours très élevées.
Les concentrations sanguines de dichlorométhane associées au décès de l’intoxiqué sont comprises entre 50 et 200 mg/l.

Particularité métabolique du chlorure de méthylène:
Plus de la moitié de la dose absorbée est éliminée sous forme inchangée par voie respiratoire.
Le reste est biotransformé au niveau du foie par 2 voies distinctes:
La première conduit à la formation de monoxyde de carbone, par le biais du cytochrome P 450. Cette voie est saturée pour des expositions dépassant 500 ppm.
La deuxième voie, mise en jeu à forte dose, aboutit à la production de formaldéhyde et d’acide formique par la glutathion transférase.
L’augmentation de la carboxyhémoglobine est retardée de 1 à 2 heures.
Elle se maintient plusieurs heures après la fin de l’exposition du fait d’un stockage partiel du solvant dans le tissu graisseux.
L’élévation est en général modérée, de l’ordre de 10 % , l’hypoxie qui en découle majore les signes ébrio-narcotiques ou le coma.
Elle peut entraîner des manifestations angineuses ou provoquer un infarctus du myocarde chez l’insuffisant coronarien.
Cependant, ce n’est pas l’imprégnation oxycarbonée qui est responsable du décès de l’intoxiqué, mais la narcose qui induit un état de choc, avec un arrêt respiratoire et cardiaque.
Ainsi, dans de nombreux cas, la mort survient en l’absence d’élévation significative de la carboxyhémoglobine, le solvant n’ayant pas eu le temps d’être métabolisé.

Les auteurs de cette publication concluent:

«La prévention des intoxications par le chlorure de méthylène dans le secteur du décapage des peintures repose sur une meilleure compréhension des risques: il existe en effet toujours des concentrations extrêmement élevées au-dessus des cuves du fait de la très haute volatilité du solvant et de la forte densité des vapeurs.
Le risque toxique devient inacceptable lorsque les bains de décapage à base de chlorure de méthylène sont utilisés dans des locaux mal ventilés, et en l’absence d’équipements de protection individuelle efficace.
Seul le port d’une cagoule à adduction d’air est à même de garantir la sécurité et la santé des opérateurs».

Le risque mortel par exposition au chlorure de méthylène est largement sous estimé dans les entreprises qui l’utilisent, par conséquent ce produit est vraiment très dangereux. Il faudrait qu’une réflexion soit conduite par les entreprises et les artisans qui réalisent du décapage, afin de trouver un produit de substitution au chlorure de méthylène.

Dans le cas du chlorure de méthylène l’information constitue la première démarche de prévention.

Tableaux des maladies professionnelles associés :

  Tableau n°12 RG: Affections professionnelles provoquées par les hydrocarbures aliphatiques halogénés énumérés ci-après : dichlorométhane ; trichlorométhane ; tribromométhane ; triiodométhane ; tétrabr (77,3 KiB, 7 191 hits)




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