Risque de cataracte radio-induite chez les professionnels de santé


La cataracte radio-induite s’avère beaucoup plus fréquente qu’on ne le pensait. La commission internationale de protection radiologique, ICRP ( International Commission on Radiological Protection) recommande donc de diminuer la limite de dose d’exposition du cristallin aux rayonnements ionisants dans le cadre de l’activité professionnelle. Les travailleurs du nucléaire sont concernés mais également les professionnels de santé qui travaillent en radiologie interventionnelle. Pour se protéger des rayonnements, on conseille classiquement de réduire le temps d’exposition, de se mettre à distance et d’interposer des écrans entre soi et la source. Mais pendant un acte de radiologie interventionnelle, le professionnel de santé ne peut pas s’éloigner du patient. Les professionnels ont l’habitude de protéger leur corps de cette exposition ( tablier de plomb, protège thyroide, etc), mais oublient souvent de protéger leurs yeux. Une étude récente a mis en évidence 4 fois plus d’opacités cristalliniennes chez les cardiologues interventionnels que dans la population générale. 

La radiologie interventionnelle 
Comment les rayonnements ionisants altèrent-ils le cristallin ? 
Limite d’exposition du cristallin aux rayonnements ionisants
L’exposition aux rayons X devra être mesurée  grâce à un dosimètre cristallin
Prévention de la cataracte radio-induite

 

La radiologie interventionnelle

La « radiologie interventionnelle« , est apparue dans les années 60 et ne cesse de se développer: elle correspond à l’utilisation de techniques d’imagerie par rayons X pour faciliter l’introduction et le guidage des dispositifs à l’intérieur de l’organisme à des fins diagnostiques ou thérapeutiques;

De plus en plus de spécialités recourent à la radiologie interventionnelle, puisqu’elle permet au médecin de guider son geste, rend les gestes moins invasifs et réduit donc les complications post-opératoires.

Cardiologie

Les cardiologues interventionnels sont de plus en plus exposés en raison des procédures de cardiologies invasives qui sont réalisées sous guidage fluoroscopique. C’est le cas pour la pose de stents : les ressorts sont introduits dans une artère de l’aine ou du poignet et remontés jusqu’aux coronaires.

Une centaine de cardiologues interventionnels (hémodynamiciens et rythmologues) ont participé à l’étude O’CLOC  en 2010: ils devaient avoir moins de 40 ans, ne pas avoir bénéficié de scanner ou radiothérapie au niveau du crâne. Ces cardiologues ont été interrogés sur leur activité professionnelle passée et actuelle en salle de cathétérisme et les moyens de protection utilisés. La dose cumulée sur toute leur carrière a été estimée. Ils ont bénéficié d’un examen ophtalmologique à la lampe à fente.
Après une vingtaine d’années d’activités, certains praticiens ont reçu plus de 500 mSv ( dose seuil CIPR) .
Les doses moyennes annuelles diminuent désormais chez les hémodynamiciens qui utilisent des écrans suspendus, mais les rythmologues restent très exposés.
L’étude a permis d’observer un risque d’opacités sous-capsulaires postérieures près de 4 fois plus élevé chez les cardiologues interventionnels par rapport au groupe témoins.

Ceux qui ont utilisé au moins les trois quart du temps une protection par lunettes plombées ont un risques d’opacités sous-capsulaires postérieures pas significativement différent de celui du groupe des non exposés .

Cancérologie

En Cancérologie également les professionnels de santé peuvent être exposés lors de biopsie de tumeur, destruction de tissus cancéreux par radiofréquence, etc

Neurologie

En Neurologie, l’embolisation d’un vaisseau dans le cerveau peut également être réalisée grâce à la radiologie interventionnelle.

Comment les rayonnements ionisants altèrent-ils le cristallin ?

Les rayonnements ionisants peuvent altérer le cristallin qui est la structure radiosensible de l’oeil : des opacités peuvent se développer et conduire à une cataracte.

Les rayonnements ionisants sont responsables de deux types d’effets biologiques :

  • soit des effets déterministes sur les tissus :
    ce sont des effets qui se produisent d’une manière certaine à partir d’une dose seuil, et qui sont dus à la mort cellulaire,
  • soit des effets stochastiques,
    ce sont des effets qui se produisent de manière aléatoire donc seulement chez certaines personnes exposées, et qui sont liés à la transformation cellulaire.

Le caractère déterministe des cataractes radio-induites pourrait être remis en question car l’existence d’un seuil n’est plus tout à fait certaine : des atteintes du génome des cellules de l’épithélium antérieur de l’oeil semblent prépondérantes par rapport aux atteintes cellulaires directes. Ce doute conduit à une réévaluation des seuils d’apparition de la cataracte.

Limite d’exposition du cristallin aux rayonnements ionisants

La limite d’exposition du cristallin aux rayonnements ionisants sera considérablement abaissée au plus tard en 2017.
En effet en 2011 la CIPR, Commission internationale de protection radiologique a ramené la limite annuelle d’exposition du cristallin de 150 à 20 mSv (millisieverts).

La limite de dose équivalente annuelle pour le cristallin qui était de 150 mSv ( page 105 du document) devra être abaissée à 20 mSv, ( moyenne annuelle calculée sur 5 ans, sans dépasser 50 mSv sur 1 an)

 » For occupational exposure in planned exposure situations the Commission now recommends an equivalent dose limit for the lens of the eye of 20 mSv in a year, averaged over defined periods of 5 years, with no single year exceeding 50 mSv. « 

Cette recommandation de la CIPR a été reprise par la directive européenne 2013/59/Euratom qui devra être transposée en droit français : elle entrera en vigueur au plus tard en 2017.

 » 2. La dose efficace au titre de l’exposition professionnelle est limitée à 20 mSv au cours d’une année quelconque. Toutefois, dans des circonstances particulières ou pour certaines situations d’exposition précisées dans la législation nationale, une dose efficace supérieure pouvant atteindre 50 mSv peut être autorisée par l’autorité compétente au cours d’une année quelconque, pour autant que la dose annuelle moyenne reçue sur une période de cinq années consécutives, y compris les années au cours desquelles la limite a été dépassée, ne soit pas supérieure à 20 mSv. « 

L’exposition aux rayons X devra être mesurée  grâce à un dosimètre cristallin

De nombreux experts réfléchissent actuellement aux modalités d’application de cette future réglementation pour la nouvelle limite de dose au cristallin. Cette exposition devra être mesurée sur 3 ou 4 semaines et il faudra extrapoler les données sur un an.

Les dosimètres cristallin actuels sont peu pratiques. Idéalement le dosimètre doit être placé à proximité de l’oeil pour des mesures qui reflètent vraiment l’exposition oculaire.
L’IRSN est en train de mettre au point un dosimètre cristallin ergonomique : un modèle monté sur un serre-tête. Ce nouveau dosimètre utilise la technologie de dosimètre par thermoluminescence : il est constitué d’une pastille TLD, thermoluminescente pour la mesure et une coque translucide qui mime les 3 mm d’épaisseur de l’oeil sous lesquels se trouve le cristallin.

Prévention de la cataracte radio-induite

Outre la mise en œuvre des mesures de protection classique contre les rayonnements ionisants, on recommande fortement au radiologue interventionnel et aux autres professionnels qui l’assistent de porter systématiquement des lunettes à verres plombés puisqu’elles permettent de réduire la dose reçue de 80%. Ces lunettes plombées peuvent être adaptées à la vue.
Les praticiens seniors sont parfois réticents à utiliser ces lunettes qu’ils jugent encombrantes.
Les PCR, Personnes compétentes en radioprotection  ont un rôle important à jouer pour inciter à porter ces lunettes, mais également les ophtalmologistes, les médecins du travail.

Cataracte

 

Dans le régime général, la cataracte est reconnue au titre des maladies professionnelles après 10 ans d’exposition sur le tableau n°6 des maladies professionnelles. Néanmoins tous les moyens doivent être mis en œuvre pour éviter l’apparition de cette pathologie : l’abaissement de la limite d’exposition du cristallin aux rayonnements ionisants,le port systématique de lunettes plombées lors des actes de radiologie interventionnelle et la mise en place d’une surveillance médicale plus spécifique des personnes exposées devraient limiter le nombre de cas de cataractes radio-induites.

Tableaux des maladies professionnelles associés :

  Tableau n°06 RG : Affections provoquées par les rayonnements ionisants (7,6 KiB, 7 263 hits)

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